Miroir, mon beau miroir... – Héraklès, predator premier [1/2]

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Amis des Classiques, les mythes sont des miroirs : il suffit de les regarder pour voir le reflet véridique, de notre âme et de l’âme du monde. Par Laure de Chantal

 

S’il fallait un ancêtre au mythe du mâle occidental impérialiste et prédateur, Héraklès serait celui-ci. Adoré au quatre coins géographiques et temporels de l’Antiquité (des statuettes de son culte qui commence très tôt ont été retrouvées jusqu’en Inde), Héraklès est considéré comme un bienfaiteur de la civilisation. Nul n’oserait remettre en question son statut. Pourtant, à bien regarder son histoire, c’est-à-dire sans idée préconçue, une autre lecture est possible : comme pour tous les héros grecs (à commencer par nos amies les Amazones ainsi que la sage Athéna), la part d’ombre du personnage est tout aussi importante que la part de lumière. « Tout a deux anses », hommes et âmes aussi. À côté de la légende dorée, il y a toujours la légende noire.
 

Celle-ci dans le cas d’Héraklès est peut-être même prédominante. Elle commence dès sa conception. Reprenons. 

Alcmène est la femme d’Amphitryon. Elle l’aime ou en tout cas elle ne souhaite pas le tromper. Zeusla convoite ardemment. Pour ne pas la violer, il préfère la tromper (ce sont les termes employés par Diodore de Sicile dans le livre IV de sa Bibliothèque historique). Il prend l’apparence d’Amphitryon et pendant plusieurs nuits abuse Alcmène, lui faisant l’amour sans discontinuer jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte. 

Toutes les obsessions ayant des noms (et des noms qui viennent du grec le plus souvent), celle dont souffre Zeus est appelée la maïeusophilie (littéralement l’amour de l’enfantement) qui va de la fascination pour la lactation à la volonté obsessionnelle d’avoir des rapports sexuels fécondants. Lorsqu’il est sûr qu’Alcmène est enceinte, il se retire, au sens propre comme au sens figuré, et laisse le véritable Amphitryon reprendre sa place. Alcmène, lorsqu’elle s’aperçoît de la supercherie, ne veut pas de cet enfant fruit de ce qui est à la fois un viol, une ruse et une infidélité sans parler de l’humiliation involontaire qu’elle faisait subir à son mari et surtout à la tempétueuse Héra dont Zeus était l’époux légitime.

Mais soit il est trop tard soit l’enfant de Zeus est déjà trop vigoureux, car Alcmène poursuit sa grossesse jusqu’au terme. La mort dans l’âme, elle accouche, en secret. Elle décide non seulement de l’abandonner, mais de le faire dans un endroit caché, en pleine nature, là où elle est bien sûre que personne ne viendra à sa rescousse. Cette pratique a pour nom dans l’Antiquité l’exposition : dans les textes, elle est réservée aux enfants maudits par le destin, comme par exemple Œdipe, dans la réalité elle était le triste sort des nourrissons jugés handicapés. Mais le hasard ou la nécessité font que justement Héra et Athéna se promènent en ces coins reculés. Athéna à qui rien n’échappe trouve l’enfant et demande à Héra de bien vouloir l’allaiter, ce que le déesse accepte.

Cependant le nourrisson fait mal à la maîtresse de l’Olympe qui le jette à terre. Voici Héraklès rejeté de toute part, et Diodore de commenter : « Sort étrange ! La mère qui devait soigner son enfant l’expose et la marâtre destinée à le haïr lui sauve la vie ». Dès qu’elle apprend de qui ce bébé mordeur est l’enfant, Héra envoie deux gigantesques reptiles plus proches du dragon que du serpent pour anéantir l’enfant. Il les étrangle à mains nues, de ses mains de bébé, concevant dès lors une haine farouche pour absolument tous les animaux, que nous retrouverons plus tard dans ses aventures, ainsi que pour les femmes.

[Suite dans la deuxième partie...]

 

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