Miroir, mon beau miroir... – Hélène polémique

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Amis des Classiques, les mythes sont des miroirs : il suffit de les regarder pour voir le reflet véridique, de notre âme et de l’âme du monde. Par Laure de Chantal

 

De sa conception à la récente controverse déclenchée par le film de Christopher Nolan, Hélène est destinée à déclencher la guerre, au propre comme au figuré. Dès l’Antiquité, elle a été au cœur et à l’origine de quantité de conflits, dans les domaines les plus variés. Même sa conception fait polémique : est-elle la fille de Zeus avec Léda, reine mais mortelle, ou bien avec Némésis, sombre déesse de la vengeance justifiée, née de la Nuit et du noir Érèbe ? Était-elle à Troie ou bien seulement son fantôme, rendant encore plus dérisoire mais non moins délétère la guerre sanglante des Achéens et des Troyens ? Et ce fantôme est-il envoyé par Héra ou bien est-il le fruit
des charmes d’Hélène qui avait appris le magie en Égypte? Faire l’éloge ou blâmer l’héroïne était dans l’Antiquité un sport national, qui a animé les conversations des banquets et dont Gorgias, Platon et Isocrate nous ont laissé des témoignages passionnants. À condition de rester juste : Stésichore, le poète de Sicile, perdit la vue à cause de ses propos sur Hélène. Car Hélène est une héroïne puissante, surpuissante, qu’il ne faut pas prendre à la légère. Les Grecs le savaient qui lui rendaient un culte et l’honoraient deux fois par an dans la ville de Sparte.
 

Parmi les héros et héroïnes de l’Antiquité, Hélène a un statut particulier. Qu’elle soit fille de Némèsis ou de Léda, Hélène est avant tout fille de Zeus et cette ascendance divine directe avec le maître de l’Olympe, voire totale (si elle est fille de Némésis), la place au dessus de tous les héros et héroïnes du cycle troyen. En terme de divinité elle est supérieure à Achille, Ulysse ou Hector.
Elle se situe sur le même rang qu’Héraclès par exemple, et que tous les enfants de Zeus. Mais si Héraclès a comme pouvoir la force, Hélène elle est dotée du triste pouvoir de porter la guerre. Elle n’en est que plus redoutable.


Hélène n’a pas que causé la guerre de Troie, elle a entraîné la chute de la plupart des cités engagées dans le conflit, laissées sans chef et sans soldats pour la défendre pendant dix ans : au final, des deux côtés, il n’y a que des vaincus. C’était la volonté des dieux qui trouvaient à nouveau l’espèce trop arrogante et proliférante. Avec Hélène la séduction n’est qu’un moyen, la fin est la destruction, au moins pour un temps, d’un système social patriarcal qui donne aux mêmes et sans partage le pouvoir politique et militaire. Hélène n’est ni victime ni coupable, elle est juge et arbitre, détentrice d’un pouvoir terrible, donné par Zeus (et selon les versions par Héra), destiné à châtier l’ubris des hommes.