Les Amis de Guillaume Budé – Dante et les humanistes du XVIe siècle

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Cette chronique  raconte la vie des Classiques à la Renaissance. Des contemporains de l’humaniste Guillaume Budé (1467-1540) permettent de voir comment l’Antiquité alimente la culture, la pensée et la langue de l’époque. Hommage à l’ancêtre du Gaffiot, l’imprimeur Robert Estienne est le premier invité des Amis de Guillaume Budé. Sa devise : « Noli altum sapere, sed time », c’est-à-dire « ne t’élève point par orgueil, mais crains ». 

Si la pensée de Dante semble diffusée dans les œuvres humanistes, il n’est pas toujours aisé d’affirmer que tel auteur a lu les œuvres du Florentin. Petit tour d’horizon de Dante à travers l’humanisme européen.

Dans son Introduction à la vie littéraire du XVIe siècle (Paris, Bordas, 1984), Daniel Ménager montre bien quelle influence a pu avoir Dante sur différents thèmes comme la connaissance de soi et la gloire. Si ces thèmes peuvent aussi se retrouver dans l’Antiquité, Dante et l’humanisme italien marquent une étape avant le XVIe siècle.

« Si Platon remplace souvent Aristote dans l’admiration des humanistes, c’est parce qu'il est aussi le philosophe de l’âme et de ses aspirations. L’humanisme italien, dès ses débuts, s’était tourné vers l’homme intérieur avec Dante et surtout Pétrarque. » (p. 61)

« Les écrivains du XVIe siècle, comme tous leurs contemporains, semblent habités par un grand désir de gloire. Ils l'ont puisé dans le contact longtemps perdu avec l'antiquité, mais aussi dans les œuvres des poètes italiens : l’influence de Dante, de Pétrarque est ici loin d’être négligeable. » (p. 75)

Augustin Renaudet, grand connaissance tant de l’humanisme que de Dante, s’est intéressé à un possible rapprochement entre Érasme et l’auteur de la Divine Comédie. Il concède pourtant qu’Érasme « n’avait pas lu Dante, bien qu’il connût son nom et la grandeur de son œuvre. » (Érasme et lItalie, Genève, Droz, [1954], 1998, p. 177)

Image : Érasme, par Hans Holbein le Jeune, 1523
Érasme, par Hans Holbein le Jeune, 1523 (source : Wikimedia)

Cela ne l’empêche pas de souligner les points communs des deux humanistes :

« Érasme, humaniste et chrétien, sait, comme Dante, que le but suprême de la société humaine devrait être le plein et libre développement de toutes les puissances de l’esprit. C’est pourquoi il souhaite, comme Dante, la réconciliation chrétienne des peuples et la paix universelle. » (p. 33)

« L’idéal érasmien d’une paix chrétienne et perpétuelle présentait quelque ressemblance avec l’idéal que Dante avait développé dans la Monarchia. Le poète gibelin, l’humaniste évangélique, souhaitaient l’un et l’autre un accord fraternel des peuples chrétiens, afin de permettre à l’esprit d’accomplir son œuvre parmi les hommes. L’un et l’autre pensent en philosophes et en chrétiens. » (p. 326-327)

En outre, Érasme s’inscrit dans une lignée d’auteurs remettant en cause les actions du pape et de l’Église. « Si l’on reproche à Erasme d’avoir dénoncé les tares et les vices du Saint-Siège, il n’a rien dit que Dante, Pétrarque, Boccace et Machiavel n’aient affirmé avec une autre virulence. » (p. 379)

Dante serait-il connu, mais plus lu au XVIe siècle ? Rassurons-nous, ce n’est pas le cas ! Jean Lemaire des Belges (1473-1525), « poète officiel de Marguerite d’Autriche », a lu Dante (voir Érasme et lItalie, p. 194), et Montaigne (1533-1592) aussi.

Image : Montaigne
Montaigne (source : Wikimedia)

« Montaigne, qui semble aussi loin que possible de Dante par l’humanisme sceptique qu’il exprime, et qui ne nomme nulle part le poète florentin dans ses Essais, le cite en fait à deux reprises et de façon très significative. »
(Jacqueline Risset, « Dante humaniste », in Revue des deux mondes, septembre 2011, p. 125-126)

Montaigne cite trois vers du Purgatoire, dans l’Apologie de Raymond Sebond, lorsqu’il évoque le langage des animaux, et un vers de l’Enfer, dans son chapitre De l’institution des enfants, quand il explique « la nécessité du doute et de l’indépendance critique » (Risset, p. 126). Citons ce vers pour conclure : « Che non men che saper dubbiar maggrada. » (le doute ne me plaît pas moins que le savoir).

 

« Onorate laltissimo poeta ; / lombra sua torna, chera dipartita. »
« Honorez le très grand poète ; / son ombre revient, qui était partie. »

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