Que devient Iphigénie entre l’autel d’Aulis, où son père Agamemnon l’a offerte en sacrifice, et le sanctuaire de Tauride où, des années plus tard, elle préside à la mise à mort des étrangers ? Les sources antiques se taisent : c’est ce silence qu’a choisi d’habiter Benjamin Carteret dans Iphigénie, son deuxième roman mythologique, paru aux éditions Charleston. Historien de l’art de formation, il s’était fait connaître avec Perséphone (Charleston, 2024 ; Le Livre de Poche, 2025), qui donnait voix à Perséphone et à Déméter, puis avec Moi, Orphée (Ateliers Henry Dougier, 2024). Il nous accorde un entretien exclusif pour revenir sur ses lectures fondatrices, sur la fabrique de ses héroïnes et sur ce qui rend, selon lui, les divinités grecques véritablement immortelles.
La Vie des Classiques : Comment vous présenter ?
Benjamin Carteret : Je suis historien de l’art de formation, passionné d’archéologie et de (des ?) mythologie(s), obsédé par Cocteau et Matisse, amoureux de la Grèce, addict au tarama. Après mon cursus universitaire et huit ans dans le milieu de l’art contemporain à Paris, je me suis lancé dans l’écriture de Perséphone, mon premier roman. Ont suivi Moi, Orphée, Iphigénie et Pénélope voyage (romans, essais et livre jeunesse). Bientôt Les Bacchants et un retour aux premières amours avec une fiction sur le milieu de l’art et la première biographie de la peintre Françoise Gilot, en collaboration avec l’autrice Sacha Llewellyn.
L.V.D.C. : Quels sont les êtres, de chair ou de papier, qui ont rythmé et déterminé votre parcours intellectuel ?
B. C. : Mon premier émoi littéraire, après Harry Potter et la découverte à l’adolescence qu’il est possible de créer un monde si vaste avec des mots, a été La Course à l’abîme de Dominique Fernandez. Sans transition ! Le Caravage et son univers en clair-obscur y apparaissent de façon si palpable, si crue et vraie, que j’en suis littéralement tombé amoureux. Puis il y a eu Hermann Hesse avec Narcisse et Goldmund, le choc à la fin du livre… Mes premières larmes de lecteur. Bien sûr, il y a eu ensuite un avant et un après Jean Cocteau, que j’aime pour sa complexité, ses métamorphoses, son humour, sa subtilité, sa poésie, ses dessins, ses pièces, ses films, ses critiques, ses journaux, son esprit grinçant, piquant et pour toujours jeune. Et les clins d’œil qu’il m’envoie, sur la route. Hésiode et sa Théogonie, mon livre de chevet, que je relis et relis comme un mantra, inlassablement. Euripide et la psychologie si juste de ses personnages. Anouilh et sa bouleversante et si moderne Antigone. Marguerite Yourcenar a été un choc aussi, un vertige intégral et la réalisation qu’avec beaucoup de travail, on pouvait réanimer un monde perdu en l’espace de quelques pages. Henry Bauchau et son cycle thébain, grande gifle qui m’a mis sur le chemin de Perséphone et d’Iphigénie. Hélène Cadou et sa poésie essentielle, solaire, minérale et à l’apparence si simple. Jack London et son Martin Eden, récemment : j’ai eu l’impression que l’auteur me parlait directement.
Et tant d’autres…
L.V.D.C. : Quel est le premier texte antique auquel vous avez été confronté ? Quelle a été votre réaction ? Continuez-vous à lire ces textes et, si oui, en version originale ou en traduction ?
B. C. : C’était Hésiode, la Théogonie, Les Travaux et les Jours, le Bouclier, et les Hymnes homériques. J’ai eu l’impression que quelqu’un ouvrait sous mes yeux une fenêtre sur un monde que je pressentais jusque-là. Comme si je comprenais ces histoires intimement, cette langue poétique (en traduction), ces dieux. C’était si familier que lire ces textes, c’était comme m’échapper dans ma propre imagination : il y avait là tout ce dont j’avais toujours rêvé. Je les ai lus en traduction, je ne lis malheureusement pas le grec ancien. Mais cela m’a également appris toute l’importance d’une bonne traduction et à savourer les variantes d’un texte à l’autre.
L.V.D.C. : Comment est née votre passion pour la mythologie ? Et comment l’avez-vous entretenue ?
B. C. : Dans la bibliothèque de mes parents, j’allais constamment me saisir du même livre : La Mythologie d’Edith Hamilton. Il y en avait même trois exemplaires ! J’ai lu et relu les histoires des dieux et nous avons développé des mondes les incluant dans nos jeux avec ma sœur. Et puis il y a eu l’histoire de l’art et, tout à coup, ces mondes de l’imaginaire sont revenus hanter ma réalité d’étudiant : les dieux et les mythes étaient partout, en peintures, en dessins, en sculptures, en fresques… Je les reconnaissais facilement et me suis pris de passion à analyser les attributs de tel héros, l’instant du mythe représenté, et surtout ce que ces significations cachées, ces symboles, trahissaient des époques qui avaient produit ces œuvres. J’avais aussi pris l’option Culture antique à l’université et mon professeur avait passé l’année sur les principaux sanctuaires de la religion grecque. Coup de foudre intégral. Quand, plus tard, je ne me suis plus senti bien dans mon travail dans l’atelier d’un artiste contemporain, la mythologie est revenue se rappeler à mon bon souvenir. Ou, plutôt, je m’y suis accroché pour ne pas sombrer. J’ai commencé à lire Le Génie grec dans la religion de Gernet et Boulanger, et tout est reparti. Je suis devenu un véritable boulimique de mythologie et de religion grecque et j’ai lu tous les Vernant, Detienne, Eliade, Campbell, mais aussi Bachelard, Ritsos, les grands tragiques et beaucoup de textes plus pointus sur tel ou tel aspect du culte. J’ai enfin commencé à suivre les cours de Vinciane Pirenne-Delforge sur la religion grecque au Collège de France. Spirale infernale qui m’a mené à écrire Perséphone.
L.V.D.C. : Vous avez consacré des livres à Perséphone, à Orphée et, récemment, à Iphigénie : comment choisissez-vous vos personnages (ou comment vous choisissent-ils) ?
B. C. : C’est un peu les deux à chaque fois. Perséphone s’est imposée progressivement, comme si nous nous étions lentement apprivoisés. Mes lectures me menaient de plus en plus vers les cultes à mystères, les rituels liés aux saisons, les cycles de la vie. J’étais à un moment de ma vie où je n’aimais plus ce que je faisais, et elle m’a aidé autant que je l’ai aidée à trouver son propre chemin. L’Hymne homérique à Déméter a toujours été mon préféré et, un jour, j’ai réalisé qu’en fait le personnage central, Perséphone, n’avait pas de voix et ne parlait pas. Cela m’a abasourdi ; je ne l’avais jamais remarqué. De plus, il n’y avait rien, dans ce que j’avais lu à l’époque, qui expliquait ce mythe par le prisme psychologique : une mère qui perd sa fille, une fille qui se retrouve captive, tombe amoureuse de son ravisseur et renverse la donne en construisant un nouvel ordre. Ces réflexions ont été les premiers pas vers le processus d’écriture. Orphée, lui, je l’ai choisi, pour le coup. C’était une petite sortie de route au moment de la fin de l’écriture de Perséphone, pour rester un peu plus longtemps chez Hadès. Iphigénie, enfin, c’était une véritable collision. Nous nous sommes percutés à Épidaure, elle et moi, alors que nous n’aurions normalement pas dû nous y retrouver. J’ai « vu » la pièce Iphigénie en Tauride d’Euripide dans ce théâtre antique, par le plus grand des hasards, et n’ai pu suivre les comédiens que derrière un rideau de larmes tant les sanglots me suffoquaient. Il y avait là quelque chose de cru, une violence, un amour, une détermination et une résilience qui m’ont foudroyé.
L.V.D.C. : Pour les trois, il est question d’exil et de mort : une obsession personnelle ?
B. C. : C’est drôle, je ne m’en suis rendu compte que récemment ! Peut-être est-ce inconsciemment pour conjurer mes plus grandes peurs, en effet.
L.V.D.C. : Trois jeunes et en marge aussi : pourquoi ? Cela a-t-il une conséquence sur votre public ?
B. C. : Cela doit tenir de l’adolescence, j’imagine. J’étais un grand introverti, mal dans ma peau, je ne savais pas qui j’étais, ce que j’aimais, ce que je voulais dans la vie, comme beaucoup d’entre nous à cet âge. Le moment où l’on passe de l’enfance à l’âge adulte, du sauvage au civilisé, était chez les Grecs l’occasion de déployer moult rituels marquant ce passage si dur et capital de notre développement. Ils n’avaient pas imaginé, comme nous, une période liminale, « l’adolescence », comme une antichambre, une zone tampon et chrysalide, entre ces deux stades. Pour eux, on passait directement et violemment de l’animal à l’adulte. C’est sûrement cette part de moi, toujours à l’affût, à l’intérieur, en vigilance, sauvage et partiellement domptée, qui ressort dans l’écriture et appelle ces personnages jeunes et en marge.
L.V.D.C. : Parlons de votre Iphigénie : quelle est l’origine de ce projet et comment s’inscrit-il dans votre œuvre ? Pourquoi Iphigénie et non Antigone ?
B. C. : Comment écrire une Antigone après Anouilh et Bauchau ? Bauchau qui, justement, nous a offert son Œdipe sur la route, un pont comblant le vide narratif entre deux pièces antiques : l’Œdipe roi et l’Œdipe à Colone de Sophocle. C’est ce pont qui a inspiré celui d’Iphigénie : entre les deux moments de la vie de cette princesse mycénienne légendaire contés par Euripide dans Iphigénie à Aulis et Iphigénie en Tauride, rien. Pas d’histoire. Pas de mythe. Pas de sources antiques ni mythologiques. Et personne, jamais, ne s’est intéressé à l’arc narratif manquant d’une jeune fille ignorant tout de la vie, qui a failli être sacrifiée pour initier la plus célèbre des guerres et que l’on retrouve à l’autre bout du monde après le conflit, métamorphosée en prêtresse sanguinaire. Par ailleurs, et selon la chronologie mythique, plus d’une décennie s’écoule entre ces deux moments de la vie d’Iphigénie, durant laquelle la Méditerranée, à feu et à sang, se déchire dans l’un des conflits les plus marquants de notre imaginaire collectif. Voilà les bases de réflexion qui m’ont donné envie d’écrire cette histoire. De rajouter humblement un fil, plutôt, à la grande tapisserie qu’est la mythologie grecque. Et puis, cet amour invincible entre la sœur et le frère. J’y ai vu la même force que dans celui que je porte à ma propre sœur. C’était une vraie évidence. Là où Antigone perd ses frères, Iphigénie retrouve le sien. J’ai voulu rester du côté le plus optimiste.
L.V.D.C. : Quelles ont été vos sources et vos inspirations ? Avez-vous puisé ailleurs que dans l’Antiquité ?
B. C. : Oh oui. Beaucoup d’études d’universitaires, de chercheurs, d’archéologues, de spécialistes des costumes, des cultures louvites, hittites, scythes ou des Amazones. Des écrits de linguistes et des films, même. J’ai beaucoup écouté de sons, aussi. Le bruit des vagues dans une grotte marine. Le sifflement du vent, le crissement du sable dans une tempête, le claquement d’une flèche qui fend l’air… Écrire Iphigénie, c’était comme se transformer en archéologue pour retrouver un monde perdu dans tous ses aspects.
L.V.D.C. : Iphigénie à Aulis est celle qui donne le sang (le sien !), en Tauride celle qui prend celui des autres. Elle est l’héroïne du sang versé : quelle interprétation lui donnez-vous ?
B. C. : C’est totalement ça. Le sang est une clef de lecture essentielle pour comprendre ce mythe : le sang maudit des Atrides, le sang du sacrifice à Aulis, le sang de la vengeance en Tauride, le sang qui la lie à son frère malgré la distance, le sang du pacte avec les Amazones. C’est pour cela que la scène quasi mystique dans le sanctuaire des Kabires, pile au centre du livre, vient appuyer sur cette notion à un moment de bascule. Iphigénie est un être de sang, à la différence de Perséphone dont les veines pulsent d’un mélange d’ichor et de sève. C’est pour cela aussi que, même dans l’écriture, je voulais l’approcher de façon plus « sanguine », plus sèche et en mouvement perpétuel, à la différence de Perséphone qui s’enracine et fleurit lentement, se gorge de la force de Terre, à travers les épreuves. Et pourtant, les deux se regardent d’un côté et de l’autre de la surface du monde : l’une est une déesse à l’humanité qui résonne avec la nôtre, l’autre est une mortelle à la force quasi divine.
Le Sacrifice d’Iphigénie, fresque de la maison du Poète tragique à Pompéi, Ier siècle apr. J.-C., Naples, Musée archéologique national, inv. 9112 (source : Wikimedia Commons)
L.V.D.C. : Dans vos romans, vous dépoussiérez notre manière de recevoir l’Antiquité en général et la mythologie en particulier : en quoi cela vous a-t-il paru nécessaire maintenant ?
B. C. : Honnêtement, ce n’est pas conscient ou voulu. C’est la manière la plus évidente de les aborder, en révélant toute la modernité de ces histoires. La mythologie est une matière malléable, souple, jamais figée, qui accepte dans sa structure même différentes versions concomitantes. Les contradictions sont son essence. Maurizio Bettini écrit dans Les Dieux d’Homère : « C’est précisément dans la multiplicité et la variété du tissu identitaire, dans la capacité d’être, de manière sérielle, plusieurs, et non pas un seul – soi-même et autre que soi-même – que réside le privilège des dieux. » On pourrait utiliser la même réflexion pour la mythologie tout entière. Chaque époque relit les grands mythes en y infusant ses peurs, ses fantasmes, ses valeurs. Elle en crée donc de nouveaux à partir des mêmes, offrant des variantes à la même histoire, qui devient une et plusieurs à la fois. C’est peut-être pour cela, au fond, qu’on dit des dieux qu’ils sont « immortels » : ils ne peuvent s’éteindre car on les réinvente sans cesse. Plus l’époque est troublée, plus les mythes reviennent nous secouer. Ce n’est pas un hasard si, au XXIe siècle, toutes ces héroïnes surgissent de nouveau : on a besoin de s’accrocher à des archétypes millénaires pour mieux nous comprendre nous-mêmes.
L.V.D.C. : Pour vos romans, avez-vous inventé des épisodes ou des personnages ?
B. C. : Oui, pour émailler le mythe en venant ajouter une couche de complexité à un personnage ou une scène. Mais j’ai aussi prêté à des personnages qui existaient déjà des réflexions nouvelles, ou des scènes qu’ils n’avaient pas encore vécues. Et puis, une réécriture est une écriture, tout court. Je n’ai jamais senti que le fil du mythe à suivre était une contrainte, mais plutôt une chance de réinventer ces personnages, même les plus connus.
L.V.D.C. : De quel personnage vous sentez-vous le plus proche ? Pourquoi ?
B. C. : C’est difficile… J’ai mis des morceaux de moi dans chacun de ces personnages. Et même dans les autres, autour. Par exemple, j’ai fait dire à un personnage méprisable dans Perséphone quelque chose de si intime, de si personnel – et que je n’avais jamais réussi à sortir – que j’en ai été bouleversé en écrivant la scène. Je vois Perséphone comme un double dans son côté entier, sensible, concerné et enflammé. Sa révolte adolescente, aussi. Quoi que je fasse, je prends toujours tout trop à cœur. Iphigénie est plutôt comme une sœur. Beaucoup de sa résilience et de son côté borné, voire bulldozer, parfois, viennent de ma personnalité. Une bonne partie de l’orgueil que j’ai versé dans Orphée, je suis bien obligé d’en reconnaître la source, aussi.
L.V.D.C. : Pour finir par un sourire et un peu d’ironie : où sont les dieux de l’Antiquité, puisqu’ils sont immortels ?
B. C. : Dans nos cœurs ! Dans le mien, en tout cas !
C’est drôle, il y a cinq ans, j’ai lu deux textes traitant de la « mort » des dieux ou de leur fuite, qui m’ont littéralement pétrifié. L’affirmation de Heidegger (« Toute présence des dieux est passée […]. La fuite des dieux »), qui reprend l’interjection du poète Hölderlin, « Dieux enfuis ! », est sans appel. Le monde moderne est dé-divinisé, les dieux ont fui et nous avons renoncé à les trouver. Jamais je n’ai ressenti au plus profond de moi un si violent refus d’y croire. J’y opposais, d’emblée, une négation pleine et entière : non ! Les dieux n’ont pas pu fuir. Il n’y a pas de deuil sacré à faire puisqu’il y a encore sur Terre quelqu’un qui croit en eux. Cette réflexion m’a hanté et continue d’occuper mon esprit aujourd’hui. Elle est à la racine d’un projet d’écriture itinérante et de performances en Grèce qui ont donné naissance à ce que j’appelle mes cartes mythologiques. Je suis allé chanter les anciens dieux dans leurs sanctuaires, en Grèce, pendant deux mois, pour faire l’expérience de la prière et leur redonner vie, pour les faire ré-exister, par la parole, le temps d’un instant. À mon retour, j’ai décidé de cartographier mon passage sur les sites visités en utilisant les premières versions des mythes qui y sont apparus localement (en français). Ces lieux ont été créés par les mots. Ce sont des chants, des prières qui les ont fait exister en premier lieu. Si un aède n’avait pas chanté la présence du divin à Délos, Delphes, Athènes, Éleusis ou Épidaure, alors jamais ces sanctuaires n’auraient été élevés. J’ai donc remplacé les murs dessinés, les marches et les colonnes par les textes des aèdes et des poètes relatant la présence du dieu dans le sanctuaire. Ainsi, visuellement, les phrases deviennent murs, les mots dessinent des temples ou des colonnes. La carte mêle donc, sur la même surface, les premiers chants offerts au dieu en ce lieu foulé au XXIe siècle, pour conserver la trace de sa présence. Pour le réinscrire dans la terre.
« Dieux enfuis ! aussi vous, vous les présents, jadis plus véridiques, vous eûtes votre temps ! »
Friedrich Hölderlin, Sämtliche Werke (Große Stuttgarter Ausgabe), t. II, 1, p. 149 (trad. Paul Slama).
« Toute présence des dieux est passée […]. La fuite des dieux doit d’abord faire l’objet d’une expérience, cette expérience doit d’abord heurter le Dasein (être/instant présent) dans ce ton fondamental selon lequel un peuple historique en son entier ressent et endure la détresse de son absence de dieux et de son déchirement. »
Martin Heidegger, Gesamtausgabe, t. 39 : Hölderlins Hymnen « Germanien » und « Der Rhein », p. 80 (trad. Paul Slama).
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