Comment faire revivre aujourd’hui une comédie antique représentée pour la première fois il y a plus de deux mille ans ? Redécouvert au XXᵉ siècle sur un papyrus égyptien, le Dyskolos de Ménandre est l’une des rares pièces antiques à nous être parvenues presque intégralement. Les éditions Notari en donnent aujourd’hui à voir, dans un très bel ouvrage, les multiples visages – le document antique, le texte grec, sa traduction française, mais aussi une adaptation contemporaine pour la scène – et offrent ainsi une manière originale de redécouvrir cette œuvre. Camille Semenzato, chargée d’enseignement en langue et littérature grecques à l’Université de Neuchâtel (Suisse), en a assuré l’édition et la traduction ainsi qu’une adaptation réalisée avec des étudiantes et étudiants. Elle nous accorde un entretien exclusif pour présenter son travail.
La Vie des Classiques : Pour commencer, comment vous présenteriez-vous en quelques mots ?
Camille Semenzato : Quelques mots ? Difficile ! Je suis amoureuse de la vie, des multiples manières qu’elle a de se manifester ; j’aime me plonger dans les différents témoignages – quelle que soit leur forme – qui parlent d’expériences de vie, de visions du monde ; j’aime les partager à travers les langues, les lieux, les civilisations, les époques. Je me vois comme une passeuse, une créatrice de liens : rechercher, inventer, produire des moyens – variés – pour exporter et faire (re)vivre des éléments antiques dans le monde d’aujourd’hui.
L.V.D.C. : Comment est née votre passion de l’Antiquité ? Un souvenir, un professeur, une lecture marquante ? Comment avez-vous ensuite « entretenu la flamme » ?
C. S. : À douze ans, j’ai choisi la voie latin-grec pour ne pas faire comme tout le monde, mais sans vraiment savoir dans quel monde j’entrais. J’ai rapidement aimé les énigmes que présentent les textes à traduire : décortiquer les phrases, les mots, en dégager toutes les possibilités, se triturer les méninges jusqu’à ce que la solution apparaisse. Puis quand j’ai pu lire des textes originaux, j’y ai découvert une variété de témoignages sur d’autres conceptions et visions du monde que celles que je connaissais et qui ne me parlaient que peu. Quant à « ma flamme », dès que je pense, je vois, je sens l’Antiquité, elle s’allume toute seule – aucune idée pourquoi et comment.
L.V.D.C. : Vous rappelez-vous du premier texte latin et/ou grec que vous avez lu et/ou traduit ? Quel souvenir en gardez-vous ?
C. S. : Un des premiers textes grecs que j’ai traduits était un passage des Évangiles. Le lire tout à coup « dans l’original » par rapport à ce que je connaissais de mon éducation catholique était incroyable : comme si j’étais avec Luc (ou Jean, Marc, Matthieu), sans intermédiaire ; je pouvais interagir pour ainsi dire directement. Depuis, j’ai laissé les évangiles pour la poésie. Mais cet attrait de l’interaction directe avec des témoignages en langue originale est resté.
L.V.D.C. : Vous proposez, aux éditions Notari, une nouvelle traduction du Dyskolos de Ménandre. Qu’est-ce qui vous a conduit vers cet auteur, et pourquoi avoir choisi précisément cette comédie ?
C.S. : Le choix de traduire le Dyskolos est lié à une collaboration entre le Groupe de Théâtre Antique de l’Université de Neuchâtel (GTA) et la Fondation Martin Bodmer (FMB) qui possède le seul papyrus nous transmettant cette comédie de Ménandre. Le mérite en revient au Vice-Directeur de la FMB, Nicolas Ducimetière, qui a proposé au GTA de mettre en scène le Dyskolos dans ses jardins, pour fêter la réouverture de la Fondation, après une longue fermeture due à des travaux de rénovation. Je suis entrée dans le projet dans un deuxième temps, en tant que directrice de traduction pour le GTA.
L.V.D.C. : Cet ouvrage donne à voir le Dyskolos à plusieurs niveaux, à plusieurs étapes de son histoire, du papyrus antique jusqu’à son adaptation contemporaine pour la scène. Comment est née cette idée de faire dialoguer ces différentes formes du texte ?
C.S. : À chaque création, le GTA édite un petit fascicule avec une courte introduction et le texte joué. Dans le cas du Dyskolos, le GTA ainsi que le Directeur Jacques Berchtold et le Vice-Directeur Nicolas Ducimetière de la FMB ont vu dans leur collaboration l’occasion de rééditer le texte grec, en y ajoutant des photos couleurs du papyrus. La première édition de la pièce date en effet de 1958 et ne donne que la retranscription en noir et blanc du texte original (Victor Martin, Le Dyscolos, Cologny-Genève : Bibliotheca Bodmeriana, 1958). Pour ma part, il m’a semblé important de proposer à lire non seulement le papyrus et le résultat final, mais aussi l’étape intermédiaire. L’ouvrage contient quelques notes expliquant mes choix de lecture vis-à-vis de la première édition, mais pas de véritable commentaire. J’espère que les spécialistes et les personnes intéressées pourront ainsi suivre mon cheminement de pensée et comprendre certaines décisions prises pour l’adaptation.
L.V.D.C. : Le Dyskolos est un rescapé, parvenu jusqu’à nous par un unique papyrus, redécouvert au XXe siècle, et par quelques citations éparses. Pouvez-vous nous raconter brièvement cette histoire de transmission, et nous dire ce que cela change, concrètement, pour l’édition et la lecture du texte grec ?
C.S. : La FMB, en collaboration avec l’Université de Genève et le Prof. André Hurst, offre une belle présentation de l’histoire du papyrus sur leur site (Ménandre :: bodmerlab). Pour donner tout de même quelques premières indications ici : il s’agit d’un papyrus copié en Haute-Égypte au 3e siècle après J.-C., quelque 500 ans après la représentation de la pièce à Athènes. Ce papyrus fait partie d’un lot acquis par le collectionneur bibliophile genevois Martin Bodmer. Sa redécouverte parmi les papyrus Bodmer est annoncée en 1957 par Victor Martin, qui en transcrit et en publie le texte, avec une traduction française, une année plus tard. Et en 1959, le Dyskolos est joué pour la première fois à Genève.
Première page du Dyscolos (source : Bodmerlab)
Pour ce qui est du travail d’édition, j’y vois un avantage et un inconvénient. L’unicité du témoin signifie qu’il n’est pas nécessaire de collationner les différentes leçons transmises (à l’exception des quelques vers qui sont cités par d’autres auteurs). Mais ce témoin présente de nombreuses erreurs (orthographiques et grammaticales) et plusieurs passages sont lacunaires : corriger le texte et compléter les lacunes demande un travail – périlleux – de comparaison et de mise en parallèle avec les autres pièces de Ménandre.
L.V.D.C. : L’ouvrage donne à voir de magnifiques photographies en couleurs du papyrus. Pourquoi était-il important de donner à voir ce document, et qu’apporte-t-il à notre manière de lire la pièce aujourd’hui ?
C.S. : Tenir le papyrus entre ses mains n’est plus possible aujourd’hui, pour des questions évidentes de conservation. Les outils de numérisation nous offrent de l’avoir tout de même sous les yeux. Même s’il ne s’agit que d’une copie, faite plusieurs siècles après Ménandre, il reste un témoin direct. Personnellement, cela me touche.
J’espère aussi qu’il permettra à certains lecteurs de se rendre compte de la richesse et des difficultés, dues notamment au caractère fragmentaire des témoins, que représente le travail sur des textes antiques.
L.V.D.C. : Traduire Ménandre suppose de rendre à la fois une langue, un rythme et un comique très ancrés dans leur contexte. Quelles ont été les principales difficultés que vous avez rencontrées en traduisant le Dyskolos ? Ce travail diffère-t-il de celui que vous avez mené sur les Bacchantes d’Euripide, pièce que vous avez récemment traduite et commentée aux Belles Lettres ?
C.S. : Tous mes travaux partent du texte original. Je sais d’expérience que des éléments importants se manifestent pendant cette première phase de traduction. Ma méthode est de rester au plus près du texte grec : transcrire en français non seulement la polysémie du grec, mais aussi le rythme de ses phrases. Comme la poésie grecque est une poésie d’exécution et de réception orales, chantée et récitée devant un public, je fais le choix explicite de tournures orales, pour faire apparaître les éléments dans l’ordre voulu par le poète. Ce n’est que dans une deuxième étape que je m’attelle à l’adaptation, en tenant compte des paramètres de réception.
La différence entre mon travail sur les Bacchantes et celui sur le Dyskolos réside dans ces paramètres : une traduction commentée pour une collection qui cherche à faire le lien entre les ouvrages pédagogiques et la littérature scientifique spécialisée d’un côté ; une adaptation pour la scène, élaborée collectivement, jouée par des comédiens amateurs de l’autre. Dans un cas, je mets en avant la sémantique (les différentes appellations de Dionysos, le vocabulaire "dionysiaque") ainsi que les contextes de production, d’exécution et de réception de cette poésie dramatique ; dans l’autre, mes critères sont théâtraux (caractère des personnages, effets sur le public, mise en scène) pour faire en ressortir le comique.
Mais ma méthode de travail ainsi que ma valorisation du caractère poétique et oral des pièces restent les mêmes.
L.V.D.C. : Habituellement traduit par L’Atrabilaire, Le Bourru ou encore Le Grincheux, le titre de la pièce devient chez vous Ronchon, et même Ronchon l’Teigneux dans l’adaptation. Comment en êtes-vous venue à ces choix ?
C.S. : Je l’ai dit plus haut : la sémantique est un aspect important de mon travail. Je cherche toujours le mot français qui correspond au mieux au sens grec, tant du point de vue étymologique, linguistique que des analogies sonores ou imagées.
Le personnage principal de la pièce s’appelle Knèmon. On peut entendre dans son nom trois caractéristiques : ses jambes (κνήμη, jambe) sont courtes et robustes, peut-être à cause de son travail ; ses champs (κνημός, flanc d’une montagne) sont pentus et donc peu évidents à travailler ; il a une personnalité abrasive (κνάω, gratter), au point qu’il égratigne et épuise tous ceux qui entrent en contact avec lui. Dès les premières paroles de la pièce, Knèmon est qualifié de dyskolos. Littéralement, cela signifie qu’il n’a pas de tripes, un mauvais intestin (avec le préfixe dys- qui exprime l’idée de mal, de manque et κόλον, gros intestin, tripes). Une mauvaise digestion qui se porte sur ses humeurs. Se pose alors la question de savoir ce que Knèmon ne digère pas, pourquoi il s’épuise autant, ce qui le rend si dur. « Ronchon » laisse entendre toute la mauvaise humeur qui bouillonne à l’intérieur de Knèmon. Ainsi libellé, le titre annonce une pièce contenant des grognements, des bougonnements, sur un ton plutôt populaire et presque onomatopéique. De plus, l’existence du verbe ronchonner accroît le spectre des traductions possibles, tout en gardant le lien avec l’original.
Quant à « teigneux », il est lié à la volonté de Guy Delafontaine, le metteur en scène de Ronchon l’Teigneux, d’avoir pour l’adaptation un titre sous la forme d’un nom propre. A la manière des surnoms donnés sur la base d’un aspect caractéristique de la personne, nous avons choisi « teigneux », en écho à l’insecte qui fait se gratter toute personne avec laquelle il rentre en contact et qui la rend hargneuse.
L.V.D.C. : Le Dyskolos est une comédie, mais son humour, ancré dans un contexte social et culturel très différent du nôtre, peut sembler difficile à saisir aujourd’hui. Qu’est-ce qui fait rire chez Ménandre ?
Pendant longtemps, j’ai eu du mal avec la comédie grecque ; je ne comprenais pas ce qui pouvait être drôle. Si je suis entrée dans le projet du GTA, c’est aussi que cela m’a permis de m’interroger sur le rire, ses fonctions et ses mécanismes, dans l’Antiquité comme aujourd’hui. Dans le Dyskolos, on trouve du comique de situation et de répétition, des rires critiques, contre les valeurs et les rôles sociaux, des mécompréhensions et des jeux de mots.
L.V.D.C. : Votre adaptation du Dyskolos a été réalisée avec des étudiantes et étudiants de l’Université de Neuchâtel. Quelle place ont-ils occupée dans ce projet, et comment ce travail collectif a-t-il concrètement nourri votre approche de la pièce et ses transformations pour la scène ?
Le travail collectif est au fondement du GTA : créée en 1989, cette compagnie applique la même formule depuis ses débuts : elle produit elle-même ses textes, en traduisant depuis le texte original composé dans des langues antiques ou médiévales. Ce travail est toujours effectué par un groupe d’étudiantes et d’étudiants, dirigé par un philologue spécialiste de la langue en question. J’assume désormais ce rôle depuis deux créations.
Pour Ronchon l’Teigneux, c’est en groupe que nous avons établi les traits de caractère et le style d’expression de chaque personnage, sur la base de ma traduction littérale. Nous avons ensuite travaillé un personnage après l’autre, pour donner à chacun sa cohérence propre. Le travail collectif est stimulant ; la proposition d’une personne amène des idées à d’autres ; on partage nos connaissances, nos références. Seule, je ne serais jamais arrivée à ce résultat.
L.V.D.C. : Le texte du Dyskolos contient-il des indices sur sa mise en scène antique ? Et quels choix avez-vous faits pour construire une adaptation contemporaine en termes de ton, de rythme ou de jeu ?
C.S. : Non, aucun texte dramatique antique ne contient de didascalies. Les seuls indices scéniques proviennent de la métrique (pour le rythme d’expression) ainsi que des nombreux déictiques qui parsèment le texte (pour la gestuelle). Mais cela reste vague ; et surtout fortement lié au contexte d’exécution des Ve et IVe siècles av. J.-C.
Pour ma part, je ne suis pas intéressée par « refaire de l’antique » d’un point de vue scénique. Mon lien à l’Antiquité passe par le texte : l’adaptation est basée sur une traduction qui cherche à reproduire au mieux la sémantique grecque et la structure textuelle. Si les vers sont abandonnés, le sens et si possible l’ordre des mots sont maintenus : cela donne aux répliques un caractère oral et donc plus habituel, quotidien. Les caractères et le style d’expression des personnages reposent sur des traits qui se dégagent du grec, qui sont ensuite transposés dans des tons et des tournures d’aujourd’hui. Reste la question des dieux. Pour donner un effet de distance comique, et en clin d’œil à l’Antiquité, les adresses et autres invocations divines – comme les onomatopées de plainte ou de surprise – sont uniquement transcrites. Sauf pour Ronchon qui, en vieux campagnard, exprime des « nom de Zeus » à tout bout de champ.
L.V.D.C. : Comment cette adaptation du Dyskolos a-t-elle été reçue par le public ? Certains aspects de la pièce ont-ils particulièrement surpris ou fait réagir ?
C.S. : Dans l’ensemble, la plupart des spectateurs ont apprécié. En tout cas au vu du nombre de billets vendus, des rires entendus et des retours reçus. Même si on ne peut pas plaire à tout le monde… Il ne faut pas oublier qu’une adaptation signifie des modifications et des prises de liberté par rapport à l’original.
L.V.D.C. : Après avoir tant travaillé sur le Dyskolos, du papyrus jusqu’à la scène, pourquoi vous semble-t-il important de continuer à lire et à représenter cette comédie aujourd’hui ? Et plus largement, pourquoi continuer à éditer, à traduire et à lire la littérature antique ?
C.S. : Bien sûr qu’il faut continuer à éditer, traduire et lire la littérature antique. C’est une ressource inépuisable, qu’il est possible de prendre sous des angles variés, selon la forme et le public visés. Aucun texte ne sera jamais travaillé une fois pour toutes. De plus, les traductions vieillissent vite et mal, pour être jouées sur les scènes actuelles et comprises d’un public non spécialiste. Cela concerne en premier lieu les textes de poésie : pendant longtemps, ils ont été pensés comme des textes, destinés à être décortiqués et diffusés sous forme écrite ; ce n’est que depuis quelques années qu’on les considère comme des supports destinés à une performance orale. Les interprétations qui s’en dégagent diffèrent grandement.
L.V.D.C. : Pour conclure, si vous deviez donner envie à nos lecteurs de découvrir le Dyskolos, quelle scène ou quel moment de la pièce choisiriez-vous ?
C.S. : Je pense à une des premières longues répliques de Gorgias (vers 271 à 287). Dès ma première lecture, elle m’a paru caractéristique de ce personnage : il parle, beaucoup même, mais dans un style compliqué, peu clair ; le grec l’indique dans la structure grammaticale et le choix des mots. En la traduisant avec les étudiants, nous avons pensé à une scène d’un film (français, connu). Nous avons tenté d’en intégrer certaines expressions sans transformer le propos de Gorgias pour autant. À mon avis, c’est réussi. Je vous laisse la lire et trouver quelle a été notre référence... !
(traduction)
GORGIAS. – Je considère qu’il y a pour tous les êtres humains, moi,
pour ceux qui sont heureux et pour ceux qui agissent mal,
une certaine limite à ceci et un certain changement,
et que pour celui qui est heureux jusqu’à ceci les affaires
restent toujours florissantes, celles de la vie,
aussi longtemps qu’il est capable de supporter le sort,
ne faisant rien d’injuste ; mais quand vers ceci
il vient, poussé par les biens, à ce moment-là probablement
il rencontre le déplacement vers le pire ;
pour ceux qui agissent insuffisamment, s’ils ne font rien de mal
étant sans ressources, s’ils supportent noblement
la divinité, ayant confiance une fois dans le temps,
qu’il y a une meilleure partie à attendre.
Que dis-je donc ? Toi-même, si tu as de très bonnes ressources,
ne te fie pas à ceci, et nous les pauvres, en retour,
ne nous méprise pas ; d’être constamment heureux, toujours,
montre-toi toi-même digne à ceux qui voient.
(adaptation)
GORGIAS. – Vous savez, moi, je ne crois pas qu’il y ait de bonnes ou de mauvaises situations pour les humains. Un être humain à qui on a tendu la main, que l’on a rendu heureux par une rencontre, celle qui change une destinée, a le privilège de la richesse et ne commet nulle injustice. Mais trop de richesses abat la richesse, et bien qu’il chante et danse la vie, il perd son humanité et commet le mal. Mais ceux que le destin a laissés, a abandonnés, sans ressources, il leur faut tenir bon. S’ils ont le goût de la chose bien faite et de la justice, je pense que le temps les mènera vers des jours meilleurs.
Où voulais-je en venir ?
Vous, les riches, même si la vie vous sourit, ne nous méprisez pas, nous les pauvres. Soyez uniquement amour, montrez-vous digne à ceux qui vous entourent.
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