Témoignages cristoliens (Université d'Été « Littératures antiques, de l’Antiquité à l’âge de l’Humanisme »)

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Du 5 au 9 juillet 2021 s'est tenue, à Créteil, une université d'été pas comme les autres. Réunissant étudiants, doctorants, enseignants, curieux et passionnés autour de la table des Anciens, elle leur a permis de (re)découvrir les langues, littératures et civilisations gréco-romaines dans toute leur diversité et leur beauté. La Vie des Classiques vous propose aujourd'hui de lire quelques témoignages, tant d'étudiants que d'enseignants, afin de vous donner peut-être, à vous aussi, l'envie de passer un été plus Classique en 2022 !

 

LE MOT DE L'ORGANISATRICE - Anne Raffarin (UPEC)

À l’origine de cette université d’été centrée sur les littératures grecque et latine et leurs prolongements jusqu’à la Renaissance, des propos de table -de bonne tenue, cela va sans dire- dans le cadre enchanteur du château d’Écouen : nous étions en mars 2019 et j’avais organisé une journée d’études sur le thème de la constitution et de la promotion des arts libéraux.
Après avoir dûment célébré le lieu, nos hôtes, leurs collections… la conversation redevient universitaire (on ne se refait pas) et Luigi-Alberto Sanchi m’expose un projet d’université d’été qu’il voudrait réaliser en collaboration avec moi à la Sorbonne où j’enseignais alors, autour des langues anciennes et des sciences auxiliaires telles que l’épigraphie, la paléographie, la codicologie, en lien avec le droit romain. L’ensemble couvrirait un large empan chronologique, jusqu’à la Renaissance. Enthousiasmée par cette idée, et par nature plutôt encline à réformer ce qui touche à la formation en langues anciennes, je m’engage à réfléchir à un programme, à une maquette d’enseignement, à des intervenants.
Deux mois plus tard, nous sommes en mai 2019, l’Université de Créteil prend le risque de me recruter et de voir déferler hellénistes et latinistes à la première occasion. Consulté sur son intention de persister dans notre projet, dans une Université moins évidemment orientée vers les langues anciennes que la vieille maison du quartier latin, L.A. Sanchi me confirme que je peux prendre tous les contacts nécessaires et adapter les contenus aux forces vives des départements susceptibles de se retrouver dans un programme moins technique. Il ne fallut d’ailleurs pas attendre longtemps pour que le projet obtienne un soutien de poids : avant le 14 juillet, la doyenne de la Faculté des Lettres (UFR de Lettres, Langues et Sciences Humaines) me recevait dans son bureau munie d’une maquette de présentation du projet et convaincue que sa réalisation était non seulement possible mais souhaitable à l’UPEC. Elle prétend avec humour n’avoir pas eu le choix face à tant de force de conviction, mais il faut ici la remercier, car sans sa compréhension immédiate des enjeux et de l’intérêt de tels contenus pour nos étudiants et ceux d’autres universités, nous n’aurions pas vécu l’expérience que nous avons vécue en juillet dernier.
Restait pour moi à découvrir le Nouveau Monde, ses caciques, ses usages : j’arrivais et j’avais un domaine à défricher. Pas un des collègues de l’UPEC que j’ai sollicités n’a refusé de proposer un cours dans le programme que je leur proposais. Les intervenants extérieurs de l’EPHE, du CNRS, de Rouen, de la Sorbonne, ont rejoint l’équipe cristolienne avec le même enthousiasme. Qu’ils soient ici tous remerciés !
Tout était prêt pour la première édition : affiches, flyers, les premières inscriptions étaient enregistrées, tout… et puis la pandémie a sévi, brutale, entraînant son lot de frustrations, et d’annulations.
Il en fallait plus pour nous décourager ! Juillet 2021 est arrivé, avec pour la première fois depuis des mois, de vrais étudiants, de vraies salles de cours et une joie partagée, palpable, d’être là, tout simplement, ensemble.
Le reste, ce sont les étudiants qui en parlent le mieux !

N.B : Deux laboratoires de recherches (le LIS et le CRHEC), le département des Lettres, l’UFR-LLSH et l’Université nous apporté leur soutien financier, la librairie Guillaume Budé nous a offert son logo tout comme la Société Internationale des Amis de Cicéron. Merci à eux !

 

LE MOT DES ÉTUDIANTS

 

Jacques Achard, étudiant en reprise d’études, 2ème année du DUCLA de l'Université de Nanterre, option Latin
Il faut saluer l’initiative prise par le corps enseignant de l’Université de Paris Est Créteil (UPEC) d’avoir organisé une université d’été « autour de la littérature latine » au début du mois de juillet 2021. C’est en effet une chance et un privilège, pour un public d’étudiants, d’enseignants ou d’amateurs de latin, d’histoire et de littérature, de pouvoir rencontrer des professeurs et des chercheurs, et les écouter présenter les résultats de leurs plus récentes réflexions ou recherches sur les humanités gréco-romaines. La transmission des textes et des idées depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, leur redécouverte à la Renaissance après les vicissitudes du Moyen-Âge, l’évolution du support matériel de ces textes, l’existence d’une riche littérature latine au Moyen-Âge et à la Renaissance, ont été quelques-uns des thèmes abordés lors de cette université d’été. Pour un public intéressé mais pas toujours spécialisé, il est passionnant, et stimulant pour la réflexion, de découvrir, au cours de ces conférences, certains faits historiques méconnus, ou pas toujours bien compris, comme, par exemple, la disparition, brutale et presque complète, du papyrus comme support d’écriture à la fin de l’Antiquité, l’extinction, non moins brutale et surprenante, et presque concomitante, de la langue grecque, vecteur essentiel de culture, dans l’Empire Romain d’Occident, ou encore l’existence, au Moyen-Âge, de tout un corpus de fables, inspirées d’Ésope et de Phèdre, et annonciatrices du chef-d’œuvre de La Fontaine. Souhaitons donc que l’heureuse initiative de tenir cette université d’été soit suivie de nombreuses autres dans les prochaines années, afin de permettre aux amoureux de la langue et de la culture latines de se réunir, une fois l’an, pour maintenir, partager et approfondir la connaissance de cet immense héritage culturel, source de joies sans cesse renouvelées au cours des siècles.

 

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Diane Baudoin, doctorante en droit à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas

L’université d’été organisée par Anne Raffarin et Luigi-Alberto Sanchi autour des littératures grecque et latine, de l’Antiquité à l’humanisme, au-delà de créer une agréable transition entre les engagements universitaires et le début de l’été, fut le lieu de belles rencontres tant avec les participants que les intervenants. Cette première édition, reposant d’abord sur une initiation aux humanités classiques, a permis aux plus profanes une précieuse appréhension et compréhension des différentes disciplines présentées, en passant notamment de la poésie grecque aux pratiques romaines de la lecture, de l’histoire des manuscrits médiévaux à celle des langues, de la fable, etc. Les différentes leçons dispensées dans un cadre très ouvert, où échanges et discussions étaient encouragés, ont constitué une formation poussée, intelligible et extrêmement utile pour la doctorante en droit romain que je suis. Cette université d’été fut ainsi une belle expérience tant humaine que scientifique. Vivement la prochaine !

 

Océane LAYEC, Professeur certifié stagiaire de Lettres Modernes
Une étudiante de lettres modernes rencontre les lettres classiques le temps d'un été:
Quel bonheur de retrouver des conférences en présentiel et de pouvoir échanger de vive voix et en chair et en os.  Cet été, j'ai eu la chance de participer à un stage d'été à l'Université de Créteil pour découvrir l'univers des lettres classiques. Et quel univers ! 
Pouvoir découvrir encore de nouvelles choses, c'est simplement fantastique. C'est le bonheur de notre domaine littéraire, nous n'avons jamais fini d'apprendre. Au-delà des conférences, cet été fut aussi une aventure humaine. L'humain, ce quelque chose qui nous a tous manqué pendant ces deux années. Alors c'est ainsi qu'allant tous les matins à l'université de Créteil, le temps d'une semaine, j'ai découvert un univers : entre philosophie et littérature, nous nous sommes évadés dans un passé enrichissant. Je pourrais vous parler longuement de tous ces cours qui furent mémorables mais je vous laisse découvrir la prochaine saison des cours d'été.
Je tenais à remercier, une nouvelle fois, Mme Raffarin et M. Sanchi pour ce magnifique projet.
Et j'invite toute personne intéressée par cette expérience à se laisser embarquer dans cette grande aventure. 

 

Mathilde Pommier, Professeur agrégée de Lettres Classiques, doctorante en littérature latine à Sorbonne Université
Lors de l’Université d’été, les étudiants venaient de différentes disciplines. Cette diversité a donné lieu à des discussions enrichissantes entre participants non seulement pendant la semaine mais aussi après. Les intervenants étaient ouverts à l’échange et désireux d’offrir des pistes de réflexion aux étudiants. Si leurs interventions étaient denses, elles n’en restaient pas moins accessibles. Le panorama des mondes anciens offert aux étudiants était ainsi vaste sans être superficiel : l’approche pluridisciplinaire et le choix de couvrir une période étendue (de l’Antiquité à la Renaissance) ont en effet permis d’étudier les textes en contexte et d’en mesurer la postérité. Les jalons indispensables à la compréhension des différentes interventions avaient été au préalable clairement posés. J’ai eu plaisir à découvrir des aspects des littératures grecque et latine que je connaissais moins, notamment la tradition manuscrite et l’histoire des textes. J’ai apprécié que les textes étudiés soient proposés avec une traduction et qu’ils soient commentés pour appuyer le propos des intervenants. L’ensemble des cours était adapté à la fois aux spécialistes et aux non-spécialistes.

 

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Catalina Garcia-Posada-Rodriguez, doctorante en philologie romane  au département de littérature espagnole de l’Université Complutense de Madrid

Lorsque je suis arrivée à l’Université de Créteil, le premier jour de la formation, quelques-uns parmi les présents furent surpris de ce que j’eusse fait le voyage depuis Madrid dans le seul but de suivre un cours de cinq jours. C’est après avoir beaucoup hésité que j’ai pris la décision de faire ce voyage : acheter des billets, réserver un logement, faire un test PCR comportait le risque de devoir annuler le voyage au dernier moment, en raison des restrictions imposées par la crise sanitaire, qui, ces derniers temps, a si durement frappé l’éducation et la culture. J’ai compris cependant que cette même conjoncture faisait de tout acte ayant pour finalité non seulement la vie, mais le fait de donner un sens à ce que nous faisons et à la place que nous occupons dans le monde, quelque chose de téméraire. Tous ceux qui se consacrent à l’étude des humanités savent que leur travail occupe une place marginale dans un monde dominé par la culture du profit. S’occuper des studia humanitatis, des savoirs qui sont dignes de l’être humain, constitue aujourd’hui, hélas, une activité incompréhensible pour le plus grand monde. En ce sens, ma présence à l’Université d’été n’était que la poursuite du cheminement que j’ai choisi il y a quelques années, lorsque j’ai décidé de faire des études de philologie hispanique. L’une des raisons qui me poussèrent à m’inscrire dans cette formation fut le désir de m’enrichir grâce à diverses perspectives d’étude et d’entrer en contact avec des spécialistes de l’Université française. Toutefois ce qui m’a réellement poussé à faire ce voyage à Paris, ce fut le désir de retrouver ce que je considère comme le sens véritable de l’Université : apprendre dans la convivialité. Après un long hiver où l’enseignement universitaire s’était transformé en un exercice virtuel et solitaire, avoir la possibilité de dialoguer avec des professeurs et des assistants fut pour moi un souffle d’air frais. Les conférences de ce cursus, qui portèrent sur différents aspects de la culture gréco-latine, la langue, la religion, la philosophie, l’anthropologie, la littérature, m’ont ouvert de nouveaux horizons intellectuels, mais la véritable richesse de ces journées consista pour moi dans la possibilité d’apprendre non seulement des autres, mais avec les autres. J’ai été très heureuse de pouvoir dialoguer avec les autres –des professeurs, des camarades- sur les enseignements reçus en classe et sur les expériences existentielles de chacun. Les stagiaires présents avaient des profils très différents : les uns étaient des enseignants, d’autres des élèves, mais nous partagions une même attitude devant la vie : le désir de partager des espaces de savoir et d’humanité. Une attitude sans doute téméraire par les temps qui courent mais à l’égard de laquelle j’éprouve un profond sentiment de gratitude et d’espoir.

(texte traduit de l’espagnol par Carlos Lévy)

 

 

LE MOT DES ENSEIGNANTS

Catherine Baroin (Université de Rouen)
À l'occasion de l'Université d'été de Créteil qui a lieu en juillet 2021, j'ai pu apprécier, outre un accueil particulièrement soigné de mes collègues et de l'équipe administrative de l'UPEC, la présence sympathique d'un public varié, composé d'étudiants (de la Licence au Doctorat), d'enseignants et de "non-spécialistes". Les difficultés, dues au confinement et à la crise sanitaire, de la période que nous venions de traverser n'avaient visiblement pas entamé leur curiosité intellectuelle et leur énergie. Malgré la fatigue de la fin d'année, il nous a été possible d'échanger sur les représentations du corps dans la littérature latine et au-delà, dans une perspective anthropologique, et de partager quelques questions en relation avec les sujets de recherche et les centres d'intérêt des uns et des autres.

 

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Pierre Chiron, Professeur émérite (UPEC)

[…] l’essentiel est que j’ai retrouvé le plaisir et l’émotion de l’enseignement, et cela avec un public particulièrement réceptif. Quoique retraité, j’ai encore l’occasion de donner des formations ou des conférences, de participer à des tables rondes, etc., mais à Créteil, j’ai passé un moment particulièrement agréable.
Cette séance m’a confirmé également, s’il en était besoin, la vitalité des classiques, et l’apport d’une confrontation entre leurs algèbres et nos façons de penser. J’espère que ce dialogue ne cessera pas.

 

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Luigi-Alberto Sanchi, (CNRS)

L’Université d’été de juillet 2021 a été pour moi une triple, et très bonne, surprise : non seulement nous n’étions pas sûrs qu’elle puisse se tenir, après son annulation en catastrophe en 2020, mais le public a été largement au rendez-vous, tant du point de vue du nombre qu’au plan de l’attention et de la participation sympathique de tout un chacun ! Ayant été à l’initiative du projet, ma troisième bonne surprise a été de voir, au fil des riches journées vécues ensemble, comment nous sommes passés de la théorie à la pratique, du plan d’études initialement conçu aux cours réels, avec leurs polycopiés et les volumes amenés pour qu’ils puissent circuler parmi les auditeurs, avec la parole enfin dispensée dans une vraie salle de cours et surtout avec les regards des participants : des regards qui disaient clairement leur soif d’apprendre des contenus que le cursus universitaire normal ne leur proposait pas du tout, ou pas assez. N’étant pas enseignant, au début j’ai aussi eu peur de ne pas être capable d’entrer en syntonie avec le public... par bonheur, mes craintes se sont rapidement dissipées au cours d’une semaine certes très intense, mais si enrichissante ! Le cadre de Créteil – avec la courtoisie de son équipe et avec l’engagement sans faille, du début à la fin, d’Anne Raffarin, à qui va toute ma reconnaissance – a ajouté à la joie de cette semaine hors les murs, hors comparaison aussi.

 

Carlos Lévy (Académie des Inscriptions et Belles Lettres)

Retour à Créteil

Que l’on me permette de commencer par quelques souvenirs personnels. J’ai enseigné à l’Université de Créteil, à l’origine Université de Paris-Val de Marne, pendant vingt-huit ans, de 1972 à 2000, d’abord comme chargé de cours, puis comme maître de conférences et enfin comme Professeur. Ce furent, sans aucun doute mes plus belles années d’enseignant-chercheur, entre autres parce que nous avions l’impression d’être des pionniers là où il n’y avait jamais encore eu d’institution d’enseignement supérieur. Au départ, dans une université encore en construction, aussi bien pour les bâtiments que pour les enseignements, il s’agissait de préparer les étudiants de Lettres modernes au Capes ou l’agrégation, qui comportait une version latine obligatoire, source de bien des angoisses pour un certain nombre de candidats. Nous étions quelques normaliens qui venions une fois par semaine dispenser un enseignement administrativement programmé et que personne ne songeait à remettre en cause. Évidemment, à une époque où il y avait cent reçus à l’agrégation de Lettres classiques hommes, et autant pour celle des femmes –tout ceci paraît hallucinant aujourd’hui-, il aurait été possible de créer un cursus d’humanités, mais cela aurait été vécu comme un matricide par rapport à la Sorbonne, dont d’éminents représentants persistèrent, des années durant, à me demander : « Paris XII, c’est où exactement, à Villetaneuse ? » Nanterre était censée accueillir les jeunes antiquisants de banlieue, expérience à laquelle les événements de 68 donnaient une sulfureuse aura. La voie considérée comme royale nous étant interdite, il ne restait plus qu’à inventer des chemins de traverse qui se révélèrent étonnamment féconds, à travers une intense coopération scientifique avec les historiens et les philosophes de l’Antiquité. En même temps que nous pratiquions consciencieusement l’enseignement raisonné des conjugaisons et des déclinaisons pour les étudiants de Lettres modernes, avec un sentiment d’immense satisfaction chaque fois qu’un grand débutant était reçu au Capes grâce à l’épreuve facultative de latin, nous accueillions un nombre croissant de doctorants en philosophie hellénistique et romaine, qu’il était impossible d’inscrire en Lettres classiques, puisque celles-ci n’existaient pas…officiellement. Avec l’arrivée de Pierre Chiron sur une chaire de rhétorique grecque, les arguments qui nous avaient été donnés pour nous refuser la création d’un cursus de Lettres classiques s’effondraient. Ledit cursus fut créé et…mourut peu de temps après, tout simplement parce que les temps avaient changé. Le nombre de places au concours n’était plus qu’un lointain écho de ce que nous avions connu, la crise des humanités faisait que s’embarquer dans une telle aventure ne tentait plus grand monde.

Je suis donc revenu à Créteil pour l’université d’été, concept récent, ô combien, dans les études supérieures françaises. J’ai été d’abord surpris par la métamorphose des locaux qui n’ont plus rien à voir avec ceux du temps où Monsieur Camus, récemment décédé, devait faire appel à une entreprise spécialisée pour supprimer les pigeons qui, à travers ce qu’il restait de doubles plafonds, s’oubliaient sur les enseignants qui officiaient. Mais surtout j’ai retrouvé dans cette initiative estivale ce que j’avais connu pendant mes plus belles années cristoliennes et que j’appellerai l’esprit de Créteil : créer, innover, transformer, ne pas ignorer les cadres officiels mais être persuadé qu’une vie existe en dehors d’eux. L’université de Créteil est, tout autant que les douze autres l’héritière de l’Université de Paris, dont le prestige fut immense. Elle a toujours su mettre à profit son éloignement, plus symbolique que géographique, par rapport au centre pour favoriser un climat de liberté, permettant le développement d’initiatives individuelles tout autant que collectives. Le programme mis au point par Anne Raffarin, dont je salue l’énergie et la persévérance, conjuguait les deux axes sans lesquels les humanités peuvent, tout au plus, faire semblant d’exister : la diachronie, avec une ligne allant de l’Antiquité à la Renaissance et se poursuivant vers la modernité ; l’horizontalité synchronique d’une ouverture aux domaines les plus divers. Les étudiants ne s’y sont pas trompés qui, par leur assiduité, par la fréquence et la qualité de leurs interventions, ont montré qu’ils étaient conscients de vivre un moment privilégié de leurs études. Il est hautement souhaitable que chaque été ramène à Créteil un nombre croissant d’enseignants et d’étudiants. Sans vouloir comparer l’incomparable, la culture classique ne fut préservée pendant le Haut Moyen Âge que dans un petit nombre de couvents. Elle a ainsi donné tout au long des siècles la preuve qu’elle ne peut survivre que par sa capacité à affronter l’adversité, la continuité ayant comme condition sine qua non le renouvellement.

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