Chroniques anachroniques – Le routard de l’Antiquité 2 : Populonia (Étrurie)

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Et si nous passions l’année à parcourir, non plus les signes célestes du zodiaque, mais les contrées explorées et habitées par la colonisation grecque puis étendues par les conquêtes de Rome ? Avec nos textes comme viatiques et nos auteurs comme guides, nous déambulerons librement entre passé et présent dans des espaces superposés.

En novembre 2022, les grands journaux italiens se font faits l’écho d’une découverte archéologique extraordinaire en Toscane : 24 statues de bronze, enfouies dans la boue depuis 2300 ans, ainsi que des pièces de monnaie, des ex-voto, vraisemblablement un dépôt sacré dans le sanctuaire situé à San Casciano dei Bagni. Depuis quelques décennies, l’essor de l’étruscologie a fait émerger la civilisation étrusque du mystère vers une meilleure compréhension qui éclaire mieux également les débuts de Rome.
Dans le projet de sa monumentale Histoire universelle, Diodore de Sicile fait une halte à Aithaleia (Elbe), célèbre pour ses roches ferreuses, située en face de Populonia.

Τῆς γὰρ Τυρρηνίας κατὰ τὴν ὀνομαζομένην πόλιν Ποπλώνιον νῆσός ἐστιν, ἣν ὀνομάζουσιν Αἰθάλειαν. αὕτη δὲ τῆς παραλίας ἀπέχουσα σταδίους ὡς ἑκατὸν τὴν μὲν προσηγορίαν εἴληφεν ἀπὸ τοῦ πλήθους τοῦ κατ´ αὐτὴν αἰθάλου. πέτραν γὰρ ἔχει πολλὴν σιδηρῖτιν, ἣν τέμνουσιν ἐπὶ τὴν χωνείαν καὶ κατασκευὴν τοῦ σιδήρου, πολλὴν ἔχοντες τοῦ μετάλλου δαψίλειαν. οἱ γὰρ ταῖς ἐργασίαις προσεδρεύοντες κόπτουσι τὴν πέτραν καὶ τοὺς τμηθέντας λίθους κάουσιν ἔν τισι φιλοτέχνοις καμίνοις· ἐν δὲ ταύταις τῷ πλήθει τοῦ πυρὸς τήκοντες τοὺς λίθους καταμερίζουσιν εἰς μεγέθη σύμμετρα, παραπλήσια ταῖς ἰδέαις μεγάλοις σπόγγοις. ταῦτα συναγοράζοντες ἔμποροι καὶ μεταβαλλόμενοι κομίζουσιν εἴς τε Δικαιάρχειαν καὶ εἰς τἄλλα ἐμπόρια. ταῦτα δὲ τὰ φορτία τινὲς ὠνούμενοι καὶ τεχνιτῶν χαλκέων πλῆθος ἀθροίζοντες κατεργάζονται, καὶ ποιοῦσι σιδήρου πλάσματα παντοδαπά. τούτων δὲ τὰ μὲν εἰς ὅπλων τύπους χαλκεύουσι, τὰ δὲ πρὸς δικελλῶν καὶ δρεπάνων καὶ τῶν ἄλλων ἐργαλείων εὐθέτους τύπους φιλοτεχνοῦσιν· ὧν κομιζομένων ὑπὸ τῶν ἐμπόρων εἰς πάντα τόπον πολλὰ μέρη τῆς οἰκουμένης μεταλαμβάνει τῆς ἐκ τούτων εὐχρηστίας.

On trouve dans cette mer, et vis-à-vis une ville d'Italie appelée Poplonium, l'île Éthalie ainsi nommée de la quantité de suie qu'on y voit. Elle est éloignée de cent stades de l'île de Lipare. On y rencontre une sorte de pierre nommée sidérite, qui contient beaucoup de fer et qu'on fend en plusieurs morceaux, pour en tirer ce métal. Les ouvriers, ayant d'abord coupé une grande quantité de ces pierres, les jettent dans des fourneaux d'une forme particulière. Quand la chaleur a fondu ces pierres, ils les partagent en différents morceaux gros comme les plus grosses éponges, et on vend ces morceaux à des marchands qui les transportent à Dicéarque et en d'autres villes de commerce. Ceux qui ont acheté cette marchandise la donnent enfin à des ouvriers en fer qui lui font prendre toutes sortes de figures. Car les uns en fabriquent des représentations d'oiseaux, les autres des bêches, des faux, en un mot, différentes sortes d'outils, dont tous les pays où on les transporte ensuite, éprouvent l'utilité.

Diodore de Sicile, La Bibliothèque historique, V, 13,
Traduction de F. Hoefer, Paris, Hachette, 1865

Le monde antique évoque avec insistance les activités d’extraction et de métallurgie en Étrurie avec des foyers vitaux, comme Volterra, Populonia, Vetulonia, Tarquinia et Caere. Le fer y était abondant, facile d’accès et de grande qualité. L’île d’Elbe était d’ailleurs nommée Aithaleia « noire de suie » (même racine que l’Etna, l’Éthiopie !). Les Étrusques même avaient une conscience aiguë de la valeur des différents objets métalliques, notamment, dans les tombes, pour indiquer le rang social. Entre le VIIIe et VIIe avant notre ère, l’Étrurie tirait de ces mines métallifères des potentialités économiques développées grâce au réseau des colonies grecques d’Italie méridionales. Le haut degré de technicité garantissait un rendement qui faisait la richesse de l’aristocratie étrusque dans l’orfèvrerie ostentatoire et les très riches bijoux. Les ateliers d’orfèvrerie les plus précoces et les plus prolifiques se concentrent en Étrurie méridionale (Caere).

Quant à Populonia, Strabon souligne qu’elle « a été la seule des cités antiques des Tyrrhéniens à vraiment donner sur la mer. » Sa vocation industrielle et commerciale ainsi que ses relations maritimes, notamment avec la Sardaigne et la Corse, l’ont rendue prompte à recevoir ou diffuser des nouveautés (comme l’émission de monnaie). C’est elle également qui a fourni, au cours de la deuxième guerre punique, le fer nécessaire à Scipion pour son expédition en Afrique.

C’est désormais une petite bourgade, cis au milieu de magnifiques paysages de la Toscane. Comme il se doit, vous pouvez vous y rendre en chemin…de fer et y découvrir une véritable mine d’histoire à ciel ouvert !

 

Christelle Laizé et Philippe Guisard

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