Chroniques anachroniques - Fly me to Mars

À un moment où l’information fuse de toutes parts, il nous a paru intéressant de l’ancrer dans des textes très anciens, afin que l’actualité et l’histoire se miroitent et s’éclairent dans un regard tantôt ou tout ensemble stimulant et amusé, songeur ou inquiet.

Nous avons assisté en ce mois de février, en direct !, à « l’amarsissage » du rover Perseverance, fruit d’une coopération internationale. Elle satisfait le vieux fantasme angoissant de la possibilité de vie en dehors de notre bonne vieille planète. L’alunissage inouï d’Apollo XI en juillet 1969 a donné des ailes à l’Humanité et des envies d’exploration. Le fondateur de l’Académie, le grand Platon, énonce comme l’un des aspects de sa philosophie une conception du monde sous la forme d’une géométrisation de l’univers (n’oublions pas que son œuvre philosophique conceptualise mathématiques, géométrie tridimensionnelle, physique, chimie, biologie).

 

τοῦ σφονδύλου φύσιν εἶναι τοιάνδε· τὸ μὲν σχῆμα οἵαπερ ἡ τοῦ ἐνθάδε, νοῆσαι δὲ δεῖ ἐξ ὧν ἔλεγεν τοιόνδε αὐτὸν εἶναι, ὥσπερ ἂν εἰ ἐν ἑνὶ μεγάλῳ σφονδύλῳ κοίλῳ καὶ ἐξεγλυμμένῳ διαμπερὲς ἄλλος τοιοῦτος ἐλάττων ἐγκέοιτο ἁρμόττων, καθάπερ οἱ κάδοι οἱ εἰς ἀλλήλους ἁρμόττοντες, καὶ οὕτω δὴ τρίτον ἄλλον καὶ τέταρτον καὶ ἄλλους τέτταρας. ὀκτὼ γὰρ εἶναι τοὺς σύμπαντας σφονδύλους, ἐν ἀλλήλοις ἐγκειμένους, (e.) κύκλους ἄνωθεν τὰ χείλη φαίνοντας, νῶτον συνεχὲς ἑνὸς σφονδύλου ἀπεργαζομένους περὶ τὴν ἠλακάτην· ἐκείνην δὲ διὰ μέσου τοῦ ὀγδόου διαμπερὲς ἐληλάσθαι. τὸν μὲν οὖν πρῶτόν τε καὶ ἐξωτάτω σφόνδυλον πλατύτατον τὸν τοῦ χείλους κύκλον ἔχειν, τὸν δὲ τοῦ ἕκτου δεύτερον, τρίτον δὲ τὸν τοῦ τετάρτου, τέταρτον δὲ τὸν τοῦ ὀγδόου, πέμπτον δὲ τὸν τοῦ ἑβδόμου, ἕκτον δὲ τὸν τοῦ πέμπτου, ἕβδομον δὲ τὸν τοῦ τρίτου, ὄγδοον δὲ τὸν τοῦ δευτέρου. καὶ τὸν μὲν τοῦ μεγίστου ποικίλον, τὸν δὲ τοῦ ἑβδόμου λαμπρότατον, τὸν δὲ τοῦ ὀγδόου τὸ χρῶμα ἀπὸ τοῦ ἑβδόμου ἔχειν προσλάμποντος, τὸν δὲ τοῦ δευτέρου καὶ πέμπτου παραπλήσια ἀλλήλοις, ξανθότερα ἐκείνων, τρίτον δὲ λευκότατον χρῶμα ἔχειν, τέταρτον δὲ ὑπέρυθρον, δεύτερον δὲ λευκότητι τὸν ἕκτον. κυκλεῖσθαι δὲ δὴ στρεφόμενον τὸν ἄτρακτον ὅλον μὲν τὴν αὐτὴν φοράν, ἐν δὲ τῷ ὅλῳ περιφερομένῳ τοὺς μὲν ἐντὸς ἑπτὰ κύκλους τὴν ἐναντίαν τῷ ὅλῳ ἠρέμα περιφέρεσθαι, αὐτῶν δὲ τούτων τάχιστα μὲν ἰέναι τὸν ὄγδοον, δευτέρους δὲ καὶ ἅμα ἀλλήλοις τόν τε ἕβδομον καὶ ἕκτον καὶ πέμπτον· (τὸν) τρίτον δὲ φορᾷ ἰέναι, ὡς σφίσι φαίνεσθαι, ἐπανακυκλούμενον τὸν τέταρτον, τέταρτον δὲ τὸν τρίτον καὶ πέμπτον τὸν δεύτερον.

 

Voici quelle était la nature du peson : extérieurement il ressemblait aux pesons d’ici-bas ; mais pour sa composition, il faut, d’après ce que disait Er, se le représenter de la façon suivante : c’était un grand peson creux et évidé complètement, dans lequel était exactement enchâssé un autre peson pareil, mais plus petit, comme les boîtes qu’on encastre l’une dans l’autre ; un troisième s’enchâssait de même, puis un quatrième, puis les autres ; car il y avait huit pesons en tout, insérés les uns dans les autres, laissant voir en haut leurs bords comme des cercles, et formant la surface continue d’un seul peson autour de la tige, qui traversait de part en part le milieu du huitième. Or le premier peson, le peson extérieur, était celui dont le bord circulaire était le plus large ; à ce point de vue le sixième peson avait le deuxième rang, le quatrième, le troisième rang ; le huitième, le quatrième ; le septième, le cinquième ; le cinquième, le sixième ; le troisième, le septième, et enfin le deuxième, le huitième. Le cercle du plus grand était constellé ; celui du septième était le plus brillant, celui du huitième tenait sa couleur du septième qui l’éclairait, ceux du sixième et du cinquième avaient à peu près la même couleur, une couleur plus jaune que les précédents, le troisième était le plus blanc de tous, le quatrième était rougeâtre, le sixième avait le second rang pour la blancheur. Le fuseau tout entier tournait sur lui-même d’un mouvement uniforme ; mais dans la rotation de l’ensemble, les sept cercles intérieurs tournaient lentement dans un sens contraire à tout le reste. Parmi les sept, le plus rapide était le huitième, puis le septième, le sixième, le cinquième qui allaient du même pas ; puis le quatrième leur paraissait avoir le troisième rang de vitesse dans cette rotation inverse, le troisième le quatrième rang, et le deuxième le cinquième.

 

 

Platon, République, X, 616d-617b, Texte établi et traduit par É. Chambry, Paris, Les Belles Lettres, 1982

 

 

L’astronomie antique a des origines lointaines, en Mésopotamie et Égypte. Néanmoins, la construction de combinaisons de modèles circulaires pour rendre compte des mouvements célestes différencie la philosophie théorico-géométrique grecque de l’astronomie empirique babylonienne, qui était fondée sur l’établissement d’éphémérides. Si l’établissement de modèles théoriques fut une étape décisive dans le développement de la science, néanmoins les astronomes grecs furent, dès le début, redevables à leurs prédécesseurs babyloniens ainsi qu’à la précision de leurs observations. Notamment, dans ce texte, on s’aperçoit que la planète Mars n’est pas encore nommée mais qualifiée (elle est hyperuthros, « rougeâtre »), tout comme Vénus qui est dotée de leukotès (« blancheur »). C’est à Platon que l’on doit la formulation du problème astronomique pour rendre compte des mouvements circulaires et réguliers des planètes, qu’il convient de prendre pour hypothèses pour sauver les apparences des astres errants. Comment se figurait-on le ciel ? La sphère des étoiles fixe qui enclot l’univers tourne autour de l’axe du monde. Pour le soleil, la lune et les 5 planètes visibles à l’œil nu, chacun de ces astres errants (= « planètes » en grec) a son mécanisme propre. L’emboîtement géocentrique des sphères respecte les apparences, l’astre étant situé sur l’équateur de la sphère la plus intérieure. La durée de révolution de la sphère n’est pas la même selon chacune des planètes. Cette durée est égale au temps que l’astre met à parcourir l’écliptique. Ce système de sphères homocentriques d’Eudoxe et de Callippe représentait les planètes se déplaçant à des distances invariables de la terre. Il ne rendait pas compte des variations d’éclat que les observations des planètes révélaient, particulièrement dans le cas de Mars. Il a donc fallu attribuer à des variations de distances cette variation d’éclat et abandonner les sphères concentriques à la Terre. S’y sont employés Apollonios (actif vers 230 av. notre ère à Alexandrie), Hipparque et Ptolémée (IIe. av. notre ère). Une question nous vient : y a-t-il une lecture philosophique à ce que la Terre soit située entre ce couple Vénus et Mars, Philia vs Polemos ?

 

Christelle Laizé et Philippe Guisard

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