Les amis de Guillaume Budé - Machiavel et la bibliothèque paternelle

Cette chronique raconte la vie des Classiques à la Renaissance. Des contemporains de l’humaniste Guillaume Budé (1467-1540) permettent de voir comment l’Antiquité alimente la culture, la pensée et la langue de l’époque. Hommage à l’ancêtre du Gaffiot, l’imprimeur Robert Estienne est le premier invité des Amis de Guillaume Budé. Sa devise : « Noli altum sapere, sed time », c’est-à-dire « ne t’élève point par orgueil, mais crains ».

 

Dans la chronique sur l’apprentissage du latin par Machiavel, nous avions expliqué que grâce au Libro di Ricordi de Bernard Machiavel, le père de Nicolas, nous avions des éléments sur la jeunesse de ce dernier. Ce livre de souvenirs est en réalité un journal, ou plutôt d’un registre, tenu du 30 septembre 1474 au 19 août 1487 qui donne des informations précieuses tant sur les propriétés foncières et les revenus de Bernard Machiavel, que sur sa vie de famille. Il nous renseigne également sur la bibliothèque familiale.

Messire Bernard n’a pas de quoi gaspiller, souvent pas même de quoi dépenser pour la vie plutôt pauvre que médiocrement aisée qu’il mène ; et pourtant il sait trouver de temps à autre quelques florins pour les livres. C’est le seul vice que nous puissions lui connaître, sa seule passion ; la plupart, il les achète non assemblés et il se les fait amoureusement relier par les libraires, quelquefois enluminer ; s’il n’a pas de quoi les acheter, il les emprunte : des livres non seulement de droit, mais aussi de lettres classiques.
(Roberto Ridolfi, Vie de Machiavel, p. 15-16)

 


Portrait de Nicolas Machiavel, en italien Niccolò Machiavelli
(détail d’une fresque de la Galerie des Offices, Florence, Italie). © mlc

 

Dans sa biographie de Machiavel, Jean-Yves Boriaud précise que la passion des livres est une « passion coûteuse, à l’époque, et réservée, en principe, à de riches familles à prétentions humanistes. Les Machiavelli n’en étaient pas. Si bien que Bernardo dut recourir, parfois, à de pénibles expédients pour se procurer les ouvrages nécessaires à un fonds de bibliothèque en cette fin de Quattrocento » (Jean-Yves Boriaud, Machiavel, éditions Perrin, chapitre 1).

On sait que c’est un échange de bons procédés qui lui permit de placer Tite-Live dans sa bibliothèque :

D’un des premiers imprimeurs florentins, Niccolò della Magna, il reçoit un exemplaire imprimé de Tite-Live pour en composer l’index : et en guise de rétribution de ce long travail, qui lui coûtera neuf mois de son temps et douze cahiers de cinq feuilles de papier, il gardera pour lui le livre tant convoité.
(Roberto Ridolfi, Vie de Machiavel, p. 16)

Non seulement le travail fut long, mais en outre il ne fut jamais publié… Roberto Ridolfi relève dans le Libro di Ricordi un certain nombre d’auteurs présents dans la bibliothèque de Bernard Machiavel : « Tite-Live, Macrobe, Priscien, Donato Acciaiuoli sur l’Éthique d’Aristote, les Décades de Flavio Biondo ». Et « parmi ceux qu’il avait empruntés, les Philippiques, le de officiis, le De oratore, l’Éthique d’Aristote, la Cosmographie de Ptolémée, un Pline en langue vulgaire, Justin, l’Italie illustrée de Biondo, la Bible » (Ibid.).

Que nous dit ce choix d’ouvrages ? Tout d’abord qu’il s’agit de la bibliothèque d’un humaniste. En outre, que certains ouvrages sont présents dans la bibliothèque pour l’éducation de Nicolas Machiavel. « Justin, le premier historien que l’on mettait entre les mains des enfants, ne figurait pas parmi les livres de son père ; mais le bon Bernard, qui l’avait emprunté, le rendit alors que Nicolas avait douze ans et déjà “faisait ses latins”. » (Ibid., p. 18)

De plus, on voit que « Bernardo, érudit véritable, avait donc le goût des livres d’histoire, goût lié à sa formation juridique : ces études, alors, reposaient avant tout sur la connaissance du droit romain tardif, les fameux Pandectes et le Code de Justinien. » (Jean-Yves Boriaud, Machiavel, chapitre 1)

À la mort de son père, Nicolas Machiavel range « les livres chéris où il avait autrefois aiguisé sa fringale enfantine » (Roberto Ridolfi, Vie de Machiavel, p. 61). « Volgere il viso alla fortuna ».

 


Statue de Nicolas Machiavel, par Lorenzo Bartolini
(Galerie des Offices, Florence, Italie). Source : Wikipédia


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