Chronique 2 : Ovide (2/2)

14 mai 2026
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La chronique « Les Lauriers » constitue un accompagnement adossé aux « Lauréats ». Destinée initialement aux futurs bacheliers, elle propose des contenus pédagogiques et certifiés autour des Tristes d'Ovide, dont le livre III est au programme du baccalauréat général pour les sessions 2027 et 2028.

Sur une idée d'Adrien Bresson et de Dorian Flores. Chronique par Adrien Bresson.

Remerciements à Christine Vulliard pour sa précieuse relecture.

Ovide (2/2)

 

Outre l’amour, Ovide a également travaillé à de grandes œuvres didactiques – visant à répandre la connaissance de certains contenus spécifiques. Il s’agit des Métamorphoses et des Fastes. Les Métamorphoses sont un recueil poétique en quinze livres. Ovide entreprend de raconter toutes les métamorphoses qui se sont produites dans l’histoire du monde. Cela concerne des êtres humains mais aussi des personnages de la mythologie ou des animaux. Pour des esprits antiques, il s’agit d’une façon poétique d’expliquer la diversité du réel et d’humaniser le monde en le soumettant à la volonté des dieux. Le plan de l’œuvre est chronologique. Au livre 1, proche du récit de la Genèse biblique, un dieu tire le monde du chaos, donne à la terre et au ciel leur forme actuelle et crée les êtres vivants. Les crimes se propagent, Jupiter regénère l’humanité, le déluge recouvre la terre et un seul couple survit, Deucalion et Pyrrha, desquels naît, miraculeusement, une humanité nouvelle. Les autres métamorphoses suivent le fil des générations divines successives, avec des dieux et des déesses qui se succèdent dans la mesure où ils n’ont pas une existence éternelle mais, bien que nés de parents divins, ils ont une histoire, ils ont connu l’amour, la joie, la colère et la souffrance. Leurs aventures interfèrent avec l’histoire des hommes. Ainsi, les livre 11 à 13 se situent en marge de la guerre de Troie, le livre 14 amène le lecteur aux premiers temps de Rome. L’unité est donnée à l’œuvre par un agencement habile et la virtuosité des transitions. Ovide ne fait pas que constater la métamorphose, il la fait lire au lecteur. Cette composition ne l’éloigne pas de la religion de la cité, si bien qu’Ovide travaille aussi au recueil des Fastes qui devait être un commentaire poétique du calendrier religieux de Rome. Il avait prévu d’écrire un livre pour chaque mois. Quand il dut quitter Rome en 8 de notre ère, il n’avait pu écrire que 6 livres de janvier à juin et le reste était à peine ébauché. Le calendrier romain et son explication étaient beaucoup plus exigeants pour le poète que les recueils précédemment publiés. Il fallait insérer des données sur la succession des jours et des mois. Cette œuvre était en accord avec la politique religieuse et culturelle voulue par Auguste. De fait, est d’autant plus difficilement compréhensible la catastrophe qui s’est abattue sur Ovide au cours du dernier trimestre de l’an 8. Il fut, par la volonté d’Auguste, relégué à Tomes (actuelle Constanța en Roumanie), sur les bords de l’Hellespont (actuelle mer Noire), à l’extrême limite de l’Empire. Le motif allégué était l’immoralité de l’Ars amatoria (voir Chronique 1), prétexte fallacieux puisque l’œuvre était alors publiée depuis 9 ans. Le poète dut partir en plein hiver alors que la navigation était difficile. Les hypothèses sur l’exil d’Ovide sont innombrables et il est impossible d’en connaître la raison véritable. Ovide avait apparemment reçu la consigne de taire la cause de sa condamnation. Il révèle seulement qu’elle vient du fait qu’il aurait vu quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir, certainement un fait ou un spectacle qui a déplu à l’empereur. Face à son terrible destin, Ovide prend dans les Tristes le ton de la plainte de l’exilé. L’ensemble comprend cinq livres. Le livre 1 prend place au moment du départ, il fait ses adieux à Rome et décrit la peur et le froid de la navigation. Dans le livre 2, le poète tente de plaider sa cause pour obtenir de revenir à Rome. Dans le livre 3, Ovide se plaint de sa vie dans un pays lointain, isolé, il se dit malade, en danger, pense à sa femme et s’imagine déambuler dans Rome. C’est également ce en quoi consistent les livres 4 et 5. Quand Auguste approche de sa fin, Ovide sent renaître l’espoir. Il renouvèle ses demandes à Tibère, successeur d’Auguste, mais c’est peine perdue. Il se résigne donc et son séjour lui devient moins inconfortable. Il s’occupe même, à la fin de sa vie, à composer les Halieutiques, un poème didactique sur les poissons. Auparavant, entre 13 et 16 de notre ère, Ovide rédige les Pontiques (du nom du bord de l’Hellespont où il se trouve) dans une forme proche des Tristes. Les trois premiers livres des Pontiques ont été publiés ensemble. La publication du livre 4 est peut-être posthume. Dans les Pontiques, Ovide s’adresse nommément à ses amis et à ses correspondants. Il reconstitue par la pensée la société qui avait été la sienne, demande des nouvelles, en reçoit, cultive le souvenir des temps heureux et essaie de retrouver le sourire.