Chronique 1 : Ovide (1/2)

7 mai 2026
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La chronique « Les Lauriers » constitue un accompagnement adossé aux « Lauréats ». Destinée initialement aux futurs bacheliers, elle propose des contenus pédagogiques et certifiés autour des Tristes d'Ovide, dont le livre III est au programme du baccalauréat général pour les sessions 2027 et 2028.

Sur une idée d'Adrien Bresson et de Dorian Flores. Chronique par Adrien Bresson.

Remerciements à Christine Vulliard pour sa précieuse relecture.

Ovide (1/2)

 

Publius Ovidius Naso (43 av. J.-C.-18 apr. J.-C.) nous est connu notamment en raison du poème à valeur autobiographique que contient le recueil des Tristes (IV, 10). Il est né à Sulmone d’une famille de rang équestre, c’est-à-dire qu’elle était incluse dans une élite sociale, culturelle et politique. Ovide est le plus jeune des poètes augustéens et au moment fondateur de la bataille d’Actium (31 av. J.-C.), acmé de la guerre civile entre les partisans d’Octave et ceux de Marc Antoine, il n’a que douze ans. Les troubles et les misères de la guerre civile ne sont guère pour lui que des souvenirs d’enfance. Il a plutôt grandi dans le calme de la paix, bonheur inespéré pour Virgile et Horace, par comparaison. Il était un élève très doué, incliné vers la poésie au point que, d’après lui, tout ce qu’il essayait d’écrire prenait la forme de vers. Il s’est donc consacré à une carrière de poète érotique et mondain et était connu de près par les grands poètes de ce temps. 

Les œuvres qu’il compose, durant la première période de sa vie, sont les Héroïdes, les Amours, l’Ars amatoria et les Remèdes à l’amour. Les Héroïdes sont les premières poésies d’Ovide. Il s’agit d’un ensemble de quatorze lettres fictives écrites par des héroïnes de la mythologie à leur amant ou à leur mari absent. Les sujets sont empruntés à des cycles légendaires et rappellent des œuvres majeures de la littérature latine. Certains poèmes sont empruntés à la mythologie troyenne, avec par exemple un poème de la captive Briséis, prise par Agamemnon à Achille. Parmi les lettres, l’une d’entre elles est adressée par Médée à Jason. Il y a également des emprunts à la tragédie grecque (lettre de Phèdre à Hippolyte) ou encore quelques hommages aux maîtres de la littérature latine (lettre d’Ariane à Thésée, rappelant le poème 64 du poète du Ier siècle avant notre ère Catulle). Ovide s’adressait à un public cultivé dans ces lettres qui échappent à toute vraisemblance. Les sentiments amoureux exprimés dans cette œuvre sont parfaitement modernes et révèlent la sensibilité du poète. En ce qui concerne les Amours, tout le recueil est inspiré par le sentiment amoureux que le poète reporte dans son œuvre sur une certaine Corinne qui a essentiellement une réalité littéraire et aucune réalité matérielle. Le recueil n’est donc pas le récit d’une passion vécue mais il est rédigé à la gloire des sentiments amoureux. Le début des Amores est célèbre : Ovide explique qu’il allait chanter les armes et les combats, donc qu’il allait se livrer à la poésie épique, mais que Cupidon est venu lui décocher ses flèches. Ovide décide donc de s’adonner à la militia amoris (« campagne amoureuse » ou « service (militaire) de l’amour ») en prenant l’amour pour sujet d’une forme de conquête et pour objet auquel se dévouer totalement, comme la patrie dans le cadre du service militaire. Le recueil est agencé de manière à permettre au poète d’envisager toutes les nuances de l’amour, de l’attente devant la porte de l’absente aux scènes de jalousie. Malgré tout, la conception ovidienne de l’amour reste celle d’un jeu social et poétique. Comme les jeux s’apprennent, Ovide entreprend de les enseigner et sa poésie devient didactique. Le terme ars de l’Ars amatoria (« Art d’aimer ») doit donc être compris dans son sens technique de « traité » ou de « manuel ». Le livre 1 enseigne aux hommes où ils peuvent rencontrer des femmes à séduire et comment ils doivent s’y prendre pour plaire. Le livre 2 montre ce qu’il faut faire pour conserver ses conquêtes (se montrer aimable, cacher ses infidélités, louer les défauts de la femme aimée). L’amour est traité partout de manière sensuelle et libertine. On reproche vite à Ovide de n’avoir pensé qu’aux hommes, il compose donc rapidement le Traité des produits de beauté pour le visage de la femme. L’auteur compare la coquetterie de son temps à celle de jadis et énumère des recettes de cosmétiques. Il ajoute encore un troisième livre à l’Ars amatoria où il enseigne aux femmes à prendre soin de leur personne, à masquer leurs défauts physiques, à briller en société pour séduire les hommes. Ce livre est stylistiquement moins soigné que les précédents, on a plutôt l’impression d’une commande rédigée à la hâte. Plusieurs lecteurs reprochent à Ovide ses sujets licencieux. Il compose donc les Remèdes à l’amour, une œuvre de 800 vers, où le poète explique aux jeunes hommes et aux jeunes filles comment limiter les méfaits de l’amour, comment combattre la propension à aimer et à éradiquer la passion.