« Les Lauréats » propose un texte original, en langue ancienne, dont l’ordre a été remanié pour correspondre à l’organisation de la phrase française, afin d’offrir une lecture continue et accessible d’une œuvre complète en grec ou en latin. Le texte ancien est découpé phrase par phrase, indépendamment du mouvement des vers. Une traduction et un riche apparat de notes de vocabulaire, de grammaire et de culture accompagnent le texte.
Sur une idée d'Adrien Bresson et de Dorian Flores. Traduction et notes par Adrien Bresson.
Remerciements à Christine Vulliard pour sa précieuse relecture.
Intrigue et personnages
Présentation
Sénèque (concernant sa vie, voir Chronique 1) est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre, parmi lesquelles Thyeste (concernant le contexte d’écriture de la pièce, le théâtre à Rome ainsi que les représentations des tragédies de Sénèque, voir Chroniques 2 et 5). La pièce s’inscrit dans une continuité mythologique particulière. Elle prend racine dans la malédiction des descendants de Tantale, roi de Lydie (Asie Mineure), condamné par les dieux pour avoir tenté de leur faire manger la chair de son propre fils, Pélops. Ramené à la vie par les dieux, Pélops devient roi de Pise en Élide (région de Grèce à l’ouest du Péloponnèse), et engendre plusieurs enfants, dont Atrée et Thyeste. Dès leur naissance, ces deux frères sont promis à un destin funeste, héritant de la malédiction originelle. Atrée et Thyeste se disputent alors le trône de Mycènes. Le pouvoir, la jalousie et la trahison alimentent leur rivalité. Pour apaiser la querelle, ils décident de confier leur sort à un signe divin : celui qui ferait lever le soleil à l’envers (à l’ouest) obtiendrait la couronne. Pour ce faire, Thyeste séduit la femme de son frère, Érope, et vole un objet sacré qui était alors en sa possession, le bélier d’or, signe de légitimité royale. Le bélier d’or, que la couleur associe au soleil, semblait un moyen aisé de précipiter le signe divin. Néanmoins, Atrée, au moyen d’une prière à Zeus/Jupiter, parvient à accomplir le prodige attendu et devient roi. Lorsqu’il découvre la trahison de son frère, Atrée ourdit alors une vengeance d’une cruauté inouïe. Atrée invite Thyeste à un festin de réconciliation, feignant de vouloir enterrer la hache de guerre. En réalité, il a secrètement orchestré le meurtre des fils de Thyeste, les a découpés, cuits, puis servis à leur père. Ce dernier mange le repas sans connaître sa véritable nature. Ce n’est qu’à la fin du festin, lorsqu’Atrée lui révèle la vérité, que Thyeste comprend l’horreur de son acte.
Sénèque n’est pas le seul à avoir écrit un Thyeste, et celui du Latin Accius (IIe siècle avant notre ère), désormais perdu, était apparemment connu pour ses descriptions très crues, permettant de dire les moments d’horreur sans les représenter.
Le découpage en actes que nous proposons ci-dessous répond d'une réception contemporaine de la pièce et n'est nullement représentatif de la manière dont les Anciens la recevaient, même s'il est incontestable que la pièce comporte une structure et qu'elle était divisée en différents temps forts.
Le premier acte de la pièce (v. 1-121) en constitue également le prologue. L’ombre de Tantale, ancêtre de Thyeste et d’Atrée, se produit sur la scène, revenu des Enfers. La Furie, avec laquelle Tantale échange, le force à répandre son influence funeste sur la maison royale d’Argos, celle de Thyeste.
Le premier chant du chœur (concernant le chœur dans la tragédie, voir Chronique 4) (v. 122-175) consiste en une prière adressée aux dieux pour mettre fin aux actions malfaisantes des descendants de Tantale. Le châtiment subi par Tantale aux Enfers est alors également décrit.
Le deuxième acte de la pièce (v. 176-335) présente Atrée souhaitant se venger de son frère. Il prépare alors le plan qu’il pourra mettre à exécution : il va commencer par inviter Thyeste et ses fils à revenir d’exil en prétextant une volonté de réconciliation.
Le deuxième chant du chœur (v. 336-403) constitue une réflexion générale sur ce que représente le fait d’être roi. D’après le chœur, il s’agit moins d’exercer une gouvernance sur les autres ou sur une cité que sur soi. Le chœur exprime le fait qu’une vie retirée des affaires publiques pourrait constituer une forme d’idéal.
Le troisième acte de la pièce (v. 404-545) présente Thyeste revenant à Mycènes, parti d’Argos (deux villes de la région de Grèce appelée Péloponnèse). Il souhaiterait retourner à Argos mais ses fils l’encouragent à poursuivre son parcours. Atrée accueille Thyeste avec une effusion de joie et lui procure des vêtements royaux.
Le troisième chant du chœur (v. 546-622) montre un chœur étonné : alors qu’Atrée semblait vouloir mettre en place des préparatifs guerriers, il apparaît désormais chercher la paix. Le chœur exprime le fait que tout bien et toute fortune sont passagers.
Le quatrième acte de la pièce (v. 623-788) présente un messager décrivant le sacrifice par Atrée des enfants de Thyeste ainsi que la cuisson réalisée à partir de leurs chairs.
Le quatrième chant du chœur (v. 789-884) consiste en une réaction au bouleversement du cycle du soleil qui se produit en raison de l’inhumanité du sacrifice auquel se livre Atrée.
Le cinquième acte de la pièce (v. 885-1112) présente Thyeste, essayant d’apprécier le festin qui lui est servi. Il ne sait pas que ce sont ses enfants qu’il ingère comme repas, mais il a néanmoins un mauvais pressentiment. Atrée révèle le crime dont il est coupable. Thyeste adresse des prières aux dieux pour obtenir réparation des terribles actions commises par son frère.
La pièce est écrite dans un ensemble de vers plutôt difficiles à scander parmi lesquels le trimètre iambique, les vers asclépiades, les vers glyconiens, les vers sapphiques, les vers adoniens et le dimètre anapestique (concernant les différents vers dans les tragédies de Sénèque, voir Chronique 6).
Pour un aperçu scénique contemporain, il est possible de se reporter à l’adaptation du Thyeste de Sénèque par Thomas Jolly montée pour le festival d’Avignon en 2018. Certains extraits sont accessibles ici.
Personnages
Nous nous appuyons majoritairement sur l’édition du texte établie par François-Régis Chaumartin pour la CUF en 1999. Nous nous reporterons ponctuellement à l’édition du texte dans la collection Classiques en poche (Les Belles Lettres) ainsi qu’à l’ancienne édition de Léon Hermann pour la CUF.