Chroniques anachroniques - Anti-morosité XV : Sol inuictus

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À un moment où l’information fuse de toutes parts, il nous a paru intéressant de l’ancrer dans des textes très anciens, afin que l’actualité et l’histoire se miroitent et s’éclairent dans un regard tantôt ou tout ensemble stimulant et amusé, songeur ou inquiet.

En ce mois de décembre, loin des jours radieux de l’été, nous ressentons l’absence de lumière et la chape de l’obscurité. Le 21 décembre en est le paroxysme, puisque c’est le jour le plus court de l’année, le jour où le soleil passe à la verticale du tropique du Cancer : le solstice d’hiver. Néanmoins, c’est le moment d’être optimiste, puisque le soleil commence son retour, victorieux. Dès le IIIe s de notre ère, l’astre solaire bénéficiait d’un culte officiel, comme protecteur du l’Empire romain, le 25 décembre, lors jour du solstice d’hiver. Dans les religions gréco-romaines (Apollon), dans les cultes à mystères (Mithra), dans le culte impérial, la divinité était abondamment représentée, d’où notre choix iconographique.

 

Image : Disque dédié à Sol Invictus portant la couronne radiée

Disque dédié à Sol Invictus portant la couronne radiée, argent, œuvre romaine, IIIe siècle.
Provenance : Pessinus (Bala-Hissar, Asie mineure).
Pièce de monnaie en or représentant Constantin et Sol Inuictus.

 

C’est ainsi que le 25 décembre était célébré la naissance du dieu Soleil, natalis solis invicti. Comme l’empereur (depuis Aurélien, IIIe s. de notre ère) s’était assimilé au soleil (le natalis invicti était supposé le jour de la naissance de l’invaincu, l’Empereur), le christianisme, devenu religion officielle, avait choisi cette date comme anti-fête païenne, substituant ainsi Noël au natalis invicti rival, dont il conserva la symbolique mais dont le sens fut plus affectif et dogmatique. La date de Noël (événement second dans le calendrier liturgique, après Pâques) n’est pas établie avec certitude au 25 décembre avant 336 de notre ère, sous Constantin. Car, c’est Mithra qui de bonne heure a été identifiée avec le soleil (deo soli inuicto, comme le scandent les dédicaces). La référence à la nature appartient bien au mithraïsme, à la structure ancienne du mythe anthropomorphique, et la cosmologie hellénistique au fondement même du système. Ainsi, dans un mithraeum, l’antre représente le cosmos, enveloppé par le zodiaque céleste (7 planètes régissant 7 degrés d’initiation). Le sacrifice du taureau comporte toujours une mise en scène cosmique entre le soleil levant et la lune à son coucher. Le cours du soleil entrait directement dans les cérémonies mystériques et beaucoup de mithraea présentaient une ouverture permettant aux rayons du soleil de traverser certains jours pour aller droit au relief cultuel.

Pour l’anecdote, une interprétation un peu mystique de l’hymne à Saint Jean-Baptiste, dont Guy d’Arezzo a extrait, par hémistiches, le nom de nos notes de musique, fait du SOL de SOLve l’évocation du soleil de Noël gravé iconiquement dans ce O central.

 

Christelle Laizé et Philippe Guisard

 

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