[VOYAGE, VOYAGE… EN GAULE] Strabon et la Côte d’Azur

Cette semaine, La Vie des Classiques vous emmène en voyage… en Gaule ! À travers une sélection de textes grecs et latins, découvrez quelques aspects de la vie et des coutumes de ses habitants, de Lutèce à Marseille.

 

Dans les 17 livres qui composent sa Géographie, Strabon s’est attaché à décrire le monde tel qu’il était connu à son époque, au tournant du Ier s. de notre ère. C’est ainsi qu’il en vient, au livre IV, à décrire la cité phocéenne et ses environs, d’Aix-en-Provence (Aquae Sextiae) à Nice.

4. Κτίσμα δ' ἐστὶ Φωκαιέων ἡ Μασσαλία, κεῖται δ' ἐπὶ χωρίου πετρώδους· ὑποπέπτωκε δ' αὐτῆς ὁ λιμὴν θεατροειδεῖ πέτρᾳ, βλεπούσῃ πρὸς νότον. Τετείχισται δὲ καὶ αὕτη καλῶς καὶ ἡ πόλις σύμπασα, μέγεθος ἔχουσα ἀξιόλογον. Ἐν δὲ τῇ ἄκρᾳ τὸ Ἐφέσιον ἵδρυται καὶ τὸ τοῦ Δελφινίου Ἀπόλλωνος ἱερόν· τοῦτο μὲν κοινὸν Ἰώνων ἁπάντων, τὸ δὲ Ἐφέσιον τῆς Ἀρτέμιδός ἐστι νεὼς τῆς Ἐφεσίας.

[…] 5. Διοικοῦνται δ' ἀριστοκρατικῶς οἱ Μασσαλιῶται πάντων εὐνομώτατα, ἀνδρῶν ἑξακοσίων καταστήσαντες συνέδριον, διὰ βίου ταύτην ἐχόντων τὴν τιμήν, οὓς τιμούχους καλοῦσι. Πεντεκαίδεκα δ' εἰσὶ τοῦ συνεδρίου προεστῶτες, τούτοις δὲ τὰ πρόχειρα διοικεῖν δέδοται. Πάλιν δὲ τῶν πεντεκαίδεκα προκάθηνται τρεῖς οἱ πλεῖστον ἰσχύοντες, τούτων δὲ εἷς· τιμοῦχος <δ'> οὐ γίνεται μὴ τέκνα ἔχων, μηδὲ διὰ τριγονίας ἐκ πολιτῶν γεγονώς. Οἱ δὲ νόμοι Ἰωνικοί, πρόκεινται δὲ δημοσίᾳ.

Χώραν δ' ἔχουσιν ἐλαιόφυτον μὲν καὶ κατάμπελον, σίτῳ δὲ λυπροτέραν διὰ τὴν τραχύτητα, ὥστε πεποιθότες τῇ θαλάττῃ μᾶλλον ἢ τῇ γῇ τὸ πρὸς ναυτιλίας εὐφυὲς εἵλοντο μᾶλλον. Ὕστερον μέντοι ταῖς ἀνδραγαθίαις ἴσχυσαν προσλαβεῖν τινα τῶν πέριξ πεδίων ἀπὸ τῆς αὐτῆς δυνάμεως· ἀφ' ἧς καὶ τὰς πόλεις ἔκτισαν, ἐπιτειχίσματα τὰς μὲν κατὰ τὴν Ἰβηρίαν τοῖς Ἴβηρσιν, οἷς καὶ τὰ ἱερὰ τῆς Ἐφεσίας Ἀρτέμιδος παρέδοσαν τὰ πάτρια, ὥστε ἑλληνιστὶ θύειν, τὴν δὲ Ῥόην Ἀγάθην τοῖς περὶ τὸν ποταμὸν οἰκοῦσι τὸν Ῥοδανὸν βαρβάροις, τὸ δὲ Ταυροέντιον καὶ τὴν Ὀλβίαν καὶ Ἀντίπολιν καὶ Νίκαιαν τῷ τῶν Σαλύων ἔθνει καὶ τοῖς Λίγυσι τοῖς τὰς Ἄλπεις οἰκοῦσιν.

Εἰσὶ δὲ καὶ νεώσοικοι παρ' αὐτοῖς καὶ ὁπλοθήκη· πρότερον δὲ καὶ πλοίων εὐπορία καὶ ὅπλων καὶ ὀργάνων τῶν τε πρὸς τὰς ναυτιλίας χρησίμων καὶ τῶν πρὸς πολιορκίας, ἀφ' ὧν πρός τε τοὺς βαρβάρους ἀντέσχον, καὶ Ῥωμαίους ἐκτήσαντο φίλους, καὶ πολλὰ καὶ αὐτοὶ χρήσιμοι κατέστησαν ἐκείνοις, κἀκεῖνοι προσέλαβον τῆς αὐξήσεως αὐτῶν. Σέξτιος γοῦν ὁ καταλύσας τοὺς Σάλυας, οὐ πολὺ ἄπωθεν τῆς Μασσαλίας κτίσας πόλιν ὁμώνυμον ἑαυτοῦ τε καὶ τῶν ὑδάτων τῶν θερμῶν, ὧν τινὰ μεταβεβληκέναι φασὶν εἰς ψυχρά, ἐνταῦθά τε φρουρὰν κατῴκισε Ῥωμαίων, καὶ ἐκ τῆς παραλίας τῆς εἰς τὴν Ἰταλίαν ἀγούσης ἀπὸ Μασσαλίας ἀνέστειλε τοὺς βαρβάρους, οὐ δυναμένων τῶν Μασσαλιωτῶν ἀνείργειν αὐτοὺς τελέως.

4. La ville de Massalia est une fondation phocéenne. Elle occupe un terrain rocheux et son port s’étale au pied d’une falaise en amphithéâtre orientée face au sud et munie, comme la ville elle-même, qui a des dimensions considérables, de solides remparts. Sur l’acropole s’élèvent l’Éphésium et le sanctuaire d’Apollon Delphinien. Le culte de cet Apollon est commun à tous les Ioniens, tandis que l’Éphésium est le temple de l’Artémis qu’on révère seulement à Éphèse.

[…] 5. Les Massaliotes ont pour régime politique la constitution aristocratique la mieux réglée de toutes celles de ce type. Ils ont institué un collège de six cents membres qu’ils appellent timouques et qui conservent leur titre pendant toute leur vie. Quinze d’entre eux forment un conseil supérieur auquel est confiée l’exécution des affaires courantes. Une préséance est observée à l’égard de trois des leurs, qui disposent de pouvoirs considérables. Ils sont, eux-mêmes, présidés par l’un des trois. On ne peut devenir timouque si l’on n’a pas d’enfants et si l’on ne jouit pas du droit de cité depuis trois générations. Les lois sont les lois ioniennes ; elles sont affichées en public.

La contrée est plantée d’oliviers et de vignobles, mais elle est très pauvre en blé à cause de son sol rocailleux. Aussi les Massaliotes ont-ils d’abord compté sur la mer plus que sur la terre et tiré parti, de préférence, des avantages naturels qui s’offrent à la navigation. Mais plus tard, leur courage et leur énergie les rendirent assez forts pour ajouter à leurs possessions quelques-unes des plaines qui les entourent. Ils déployèrent à cette conquête la même puissance militaire qu’à la fondation plus ancienne des villes qui leur servent de bastions, les unes du côté de l’Ibérie contre les Ibères, auxquels ils ont d’ailleurs transmis leur culte national de l’Artémis d’Éphèse et enseigné à sacrifier selon les rites grecs, d’autres, savoir Rhodanusia et Agathé, contre les barbares qui habitent le long du Rhône, d’autres enfin, Tauroentium, Olbia, Antipolis et Nice, contre le peuple des Salyens et contre les Ligyens des Alpes.

Ils ont aussi chez eux des bassins de radoub et un arsenal. Mais ils disposaient en outre, autrefois, d’une grande quantité de navires ainsi que d’armes et d’engins multiples pour les transports par mer et pour le siège des villes, grâce à quoi ils purent d’une part résister aux barbares, d’autre part se gagner l’amitié des Romains, auxquels ils rendirent d’utiles services dans mainte occasion et qui, dans mainte occasion aussi, les aidèrent à accroître leur puissance. C’est ainsi que Sextius, celui qui vint à bout des Salyens, après avoir fondé non loin de Massalia la ville qui porte à la fois son nom et celui d’eaux thermales aujourd’hui, dit-on, en partie refroidies, y établit une garnison romaine et expulsa les barbares de tout le littoral qui conduit de Massalia en Italie, alors que les Massaliotes ne parvenaient pas à les tenir définitivement en respect.

Strabon, Géographie, IV, 1, 4-5
CUF, Les Belles Lettres
trad. par F. Lasserre

 

Détail de la carte de la Gaule narbonnaise


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