[VOYAGE, VOYAGE… EN GAULE] Diodore de Sicile et l’alcoolisme gaulois

Cette semaine, La Vie des Classiques vous emmène en voyage… en Gaule ! À travers une sélection de textes grecs et latins, découvrez quelques aspects de la vie et des coutumes de ses habitants, de Lutèce à Marseille.

 

La Bibliothèque historique est une véritable histoire du monde. Son auteur, Diodore de Sicile, s’est donné pour mission de retracer les étapes successives de l’humanité, de ses origines mythologiques aux conquêtes de Jules César, dont il est contemporain. Au livre V, également connu sous le nom de « Livre des îles », Diodore passe par la Gaule dont il s’attache à décrire une « particularité extraordinaire »…

XXVI. 1. Ἴδιον δέ τι καὶ παράδοξον συμβαίνει κατὰ τὴν πλείστην τῆς Γαλατίας, περὶ οὗ παραλιπεῖν οὐκ ἄξιον ἡγούμεθα. Ἀπὸ γὰρ θερινῆς δύσεως καὶ ἄρκτου πνεῖν εἰώθασιν ἄνεμοι τηλικαύτην ἔχοντες σφοδρότητα καὶ δύναμιν, ὥστε ἀναρπάζειν ἀπὸ τῆς γῆς λίθους χειροπληθιαίους τοῖς μεγέθεσι καὶ τῶν ψηφίδων ἁδρομερῆ κονιορτόν· καθόλου δὲ καταιγίζοντες λάβρως ἁρπάζουσιν ἀπὸ μὲν τῶν ἀνδρῶν τὰ ὅπλα καὶ τὰς ἐσθῆτας, ἀπὸ δὲ τῶν ἵππων τοὺς ἀναβάτας. 2. Διὰ δὲ τὴν ὑπερβολὴν τοῦ ψύχους διαφθειρομένης τῆς κατὰ τὸν ἀέρα κράσεως οὔτ ̓ οἶνον οὔτ ̓ ἔλαιον φέρει· διόπερ τῶν Γαλατῶν οἱ τούτων τῶν καρπῶν στερισκόμενοι πόμα κατασκευάζουσιν ἐκ τῆς κριθῆς τὸ προσαγορευόμενον ζῦθος, καὶ τὰ κηρία πλύνοντες τῷ τούτων ἀποπλύματι χρῶνται. 3. Κάτοινοι δὲ ὄντες καθ ̓ ὑπερβολὴν τὸν εἰσαγόμενον ὑπὸ τῶν ἐμπόρων οἶνον ἄκρατον ἐμφοροῦνται, καὶ διὰ τὴν ἐπιθυμίαν λάβρως χρώμενοι τῷ ποτῷ καὶ μεθυσθέντες εἰς ὕπνον ἢ μανιώδεις διαθέσεις τρέπονται. Διὸ καὶ πολλοὶ τῶν Ιταλικῶν ἐμπόρων διὰ τὴν συνήθη φιλαργυρίαν ἕρμαιον ἡγοῦνται τὴν τῶν Γαλατῶν φιλοινίαν. Οὗτοι γὰρ διὰ μὲν τῶν πλωτῶν ποταμῶν πλοίοις, διὰ δὲ τῆς πεδιάδος χώρας ἁμάξαις κομίζοντες τὸν οἶνον, ἀντιλαμβάνουσι τιμῆς πλῆθος ἄπιστον· διδόντες γὰρ οἴνου κεράμιον ἀντιλαμβάνουσι παῖδα, τοῦ πόματος διάκονον ἀμειβόμενοι.

XXVI. 1. Il se trouve aussi une particularité extraordinaire dans la majeure partie de la Gaule et nous pensons qu’il ne serait pas bien de faire silence là-dessus. Depuis la région où le soleil se couche en été et depuis l’ourse, il souffle d’ordinaire des vents si violents et si puissants qu’ils arrachent du sol des pierres grosses comme la main et une épaisse poussière de cailloux ; et d’une manière générale ils se ruent rageusement pour arracher aux gens leurs armes et leurs vêtements et aux chevaux leur cavalier. 2. Le froid extrême, qui corrompt le climat, empêche de produire du vin et de l’huile d’olive. Voilà pourquoi ceux des Gaulois qui sont privés de ces récoltes préparent à partir de l’orge une boisson qu’on nomme zythos (bière), et consomment le liquide provenant du lavage des rayons de miel. 3. Extrêmement portés sur le vin, ils prennent pur le vin importé par les négociants et la passion leur fait absorber cette boisson furieusement ; et quand ils sont ivres, ils se mettent soit à dormir soit à se comporter en fous. Aussi beaucoup de marchands italiens, habituellement avides, voient-ils une aubaine dans cette passion des Gaulois pour le vin ; ils leur en apportent par bateaux sur les cours d’eau navigables ou par chariots qui traversent les plaines, et en tirent un prix prodigieux ; pour une petite jarre de vin ils acquièrent un petit esclave, troquant de la boisson contre un serviteur.

Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 26, 1-3
CUF, Les Belles Lettres
trad. par M. Casevitz


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