[AVENT 2021] Jour 3 - César

Touchez, goûtez, voyez, entendez, quelle sera la surprise classique de la journée ?
Du 1er au 24 décembre, retrouvez chaque jour un extrait des Classiques, à lire et/ou à écouter !

 

BROUILLER LES PISTES

L’épisode suivant eut lieu en 54 avant J.-C. ; César y décrit le recours à un subterfuge pour l’emporter sur l’ennemi gaulois : il faut feindre la peur pour aveugler l’ennemi et l’inciter à l’attaque ; un piège est alors prévu.

 

Ce jour-là il y eut de petits engagements de cavalerie près de l’eau, mais les deux armées restèrent sur leurs positions : les Gaulois attendaient des forces plus nombreuses, qui n’avaient pas encore rejoint, et César voulait livrer bataille en deçà du vallon, devant son camp, s’il réussissait, en simulant la peur, à attirer l’ennemi sur son terrain ; au cas où il n’y parviendrait pas, il désirait bien connaître les chemins pour pouvoir traverser le vallon et passer la rivière avec moins de danger. Au lever du jour, la cavalerie ennemie approche de notre position et engage le combat avec nos cavaliers. César ordonne à ceux-ci de céder volontairement et de rentrer dans le camp : en même temps, on exhaussera partout le rempart, on bouchera les portes, et on agira en tout cela avec une extrême précipitation, comme si l’on avait peur.

Attirés par toutes ces feintes, les ennemis traversent la vallée et se mettent en ligne avec le désavantage de la position ; mais nous ne nous contentons pas de cela, et nous évacuons le rempart ; alors ils approchent encore, lancent de toutes parts des traits à l’intérieur du retranchement, et font publier tout autour du camp par des hérauts que tout Gaulois ou Romain qui voudra passer de leur côté avant la troisième heure pourra le faire sans crainte ; après, il ne sera plus temps. Et tel fut le mépris que nous leur inspirâmes que, croyant ne pas pouvoir enfoncer nos portes, que nous avions barricadées, pour donner le change, d’un simple rang de mottes de gazon, ils entreprenaient de faire brèche à la main dans la palissade, tandis que d’autres comblaient les fossés. À ce moment, César fait une sortie par toutes les portes et lance sa cavalerie : les ennemis sont mis en déroute, et dans de telles conditions que pas un d’eux ne tint tête ; beaucoup sont tués, aucun ne garde ses armes.

 

César, Guerre des Gaules, V, 50-51,
C.U.F., Les Belles Lettres,
trad. Léopold-Albert Constans

 

 

 

 

 

 

                    


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