Chroniques anachroniques - Anti-morosité I : les chats, une borne de recharge

 À un moment où l’information fuse de toutes parts, il nous a paru intéressant de l’ancrer dans des textes très anciens, afin que l’actualité et l’histoire se miroitent et s’éclairent dans un regard tantôt ou tout ensemble stimulant et amusé, songeur ou inquiet.

Cette longue année de distance entre humains et de solitudes a favorisé l’adoption d’animaux de compagnie, et en particulier, le plus accommodant, le chat, qui est moins suspecté de transmettre la chose, à la différence de nos congénères, homo sapiens sapiens. Cette fascination pour le félidé remonte à la plus haute Antiquité, celle de l’Égypte, au point qu’Hérodote, le père de l’Histoire, lui consacre un développement.

πολλῶν δὲ ἐόντων ὁμοτρόφων τοῖσι ἀνθρώποισι θηρίων πολλῷ ἂν ἔτι πλέω ἐγίνετο, εἰ μὴ κατελάμβανε τοὺς αἰελούρους τοιάδε ἐπεὰν τέκωσι αἱ θήλεαι, οὐκέτι φοιτέουσι παρὰ τοὺς ἔρσενας οἳ δὲ διζήμενοι μίσγεσθαι αὐτῇσι οὐκ ἔχουσι. πρὸς ὦν ταῦτα σοφίζονται τάδε ἁρπάζοντες ἀπὸ τῶν θηλέων καὶ ὑπαιρεόμενοι τὰ τέκνα κτείνουσι, κτείναντες μέντοι οὐ πατέονται αἳ δὲ στερισκόμεναι τῶν τέκνων, ἄλλων δὲ ἐπιθυμέουσαι, οὕτω δὴ ἀπικνέονται παρὰ τοὺς ἔρσενας φιλότεκνον γὰρ τὸ θηρίον. πυρκαϊῆς δὲ γενομένης θεῖα πρήγματα καταλαμβάνει τοὺς αἰελούρους οἱ μὲν γὰρ Αἰγύπτιοι διαστάντες φυλακὰς ἔχουσι τῶν αἰελούρων, ἀμελήσαντες σβεννύναι τὸ καιόμενον, οἱ δὲ αἰέλουροι διαδύνοντες καὶ ὑπερθρώσκοντες τοὺς ἀνθρώπους ἐσάλλονται ἐς τὸ πῦρ.  ταῦτα δὲ γινόμενα πένθεα μεγάλα τοὺς Αἰγυπτίους καταλαμβάνει. ἐν ὁτέοισι δ’ ἂν οἰκίοισι αἰέλουρος ἀποθάνῃ ἀπὸ τοῦ αὐτομάτου, οἱ ἐνοικέοντες πάντες ξυρῶνται τὰς ὀφρύας μούνας, παρ’ ὁτέοισι δ’ ἂν κύων, πᾶν τὸ σῶμα καὶ τὴν κεφαλήν. ἀπάγονται δὲ οἱ αἰέλουροι ἀποφανόντες ἐς ἱρὰς στέγας, ἔνθα θάπτονται ταριχευθέντες, ἐν Βουβάστιπόλι τὰς δὲ κύνας ἐν τῇ ἑωυτῶν ἕκαστοι πόλι θάπτουσι ἐν ἱρῇσι θήκῃσι.

Les animaux domestiques sont nombreux ; ils le seraient bien davantage encore, s’il n’arrivait aux chats ces accidents. Quand les chattes ont mis bas, elles ne veulent plus fréquenter les mâles ; ceux-ci cherchent à s’accoupler avec elles et ne peuvent pas. Dans ces conditions, ils imaginent donc ce que voici : ils ravissent et soustraient les petits chats aux chattes, et les tuent, sans toutefois les manger. Elles, privées de leurs petits et désirant d’autres, vont alors trouver les mâles ; car cette espèce d’animal aime avoir de la progéniture. Lorsqu’un incendie se produit, il arrive aux chats des choses qui tiennent du prodige. Les Égyptiens, debout de distance en distance, veillent sur eux, sans se soucier d’éteindre ce qui brûle ; mais les chats se glissent entre les hommes ou sautent par-dessus, et se jettent dans le feu. Ces événements sont pour les Égyptiens l’occasion de grands deuils. Quand, dans une maison, un chat meurt de mort naturelle, tous les habitants de la maison se rasent les sourcils, les sourcils seulement ; là où il meurt un chien, on se rase, le corps entier et la tête. Les chats morts sont portés dans des locaux sacrés où ils reçoivent la sépulture après qu’on les a embaumés, à Boubastis.

Hérodote, Histoires, II, 66-67, Texte établi et traduit par Ph.-E. Legrand, Paris, Les Belles Lettres, 2010

 

Tout le monde a en tête les milliers de chats momifiés retrouvés dans les sables du désert. Car domestiqué de très longue date, il est traité en animal sacré et image de Rê, il a même des temples qui lui sont consacrés. Ce caractère solaire et divin n’a pas manqué de surprendre les historiographes du Nord de la Méditerranée, grecs et latins. Bien qu’il soit d’une relative discrétion dans le corpus de textes (où il est associé à la nuit, à la ruse jusqu’au Moyen Âge), il est plus présent dans les représentations, monnaies, terres cuites, peintures, mosaïques, stèles, qui nous détrompent d’une désaffection en pays latin. Le XXe siècle a redécouvert et étudié les bienfaits affectifs des animaux sur notre propre comportement, bienfaits clairement connus dès le IXe s. puisqu’on sollicitait les animaux pour traiter les handicapés. Au XVIIIe s., à York, même les poules et les lièvres étaient utilisés pour soigner les personnes atteintes de troubles mentaux. Le principe actif du chat (outre les allergies !) est l’ocytocine, hormone du lien, qui nous libère de nos peurs et calme nos angoisses. D’ailleurs, actuellement, on adopte un animal plus qu’on ne l’achète, tel un partenaire, un complice, un ami, voire comme disent les Mexicains un « Perrhijo » (un chien-fils sic ! C’est toujours mieux que le contraire)

Le saviez-vous ? les Égyptiens nommaient le chat par l’onomatopée « miou » (translittération miw au masculin et miwt au féminin), que, 4000 ans après, nous retrouvons dans le verbe miauler. Surprenant, non ?

 

Christelle Laizé et Philippe Guisard

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