[AVENT 2021] Jour 24 - Homère

Touchez, goûtez, voyez, entendez, quelle sera la surprise classique de la journée ?
Du 1er au 24 décembre, retrouvez chaque jour un extrait des Classiques, à lire et/ou à écouter !

 

REPAS CHEZ ACHILLE

Que mangeaient les héros ? Les Anciens ne manquèrent pas de se poser la question. Dans l’Iliade, poème épique qui relate la guerre de Troie, Homère interrompt le récit des batailles pour raconter les mets dont les héros se délectent après le combat. Achille, le valeureux Achéen invite ses compagnons à un dîner sous la tente.

 

 

« Salut à vous ! Vous venez en amis sans doute – à moins qu’il ne s’agisse d’une grande détresse ? N’êtes-vous pas, pour moi, malgré mon dépit, les deux plus chers des Achéens ? »
Ayant ainsi parlé, le divin Achille les fait avancer, puis s’asseoir sur des sièges et des tapis de pourpre. Après quoi, vivement, il s’adresse à Patrocle près de lui :
« Dispose un plus grand cratère, fils de Ménoetios, et fais un mélange plus fort ; prépare ensuite des coupes pour chacun: ce sont des amis très chers qui aujourd’hui sont sous mon toit. »
Il dit ; Patrocle obéit à son compagnon. Prestement, il place un large billot dans la lumière du foyer ; il y pose un dos de brebis, un autre de chèvre grasse, et l’échine d’un porc bien gavé, débordante de graisse. Automédon tient la viande ; le divin Achille la coupe; il la débite en morceaux, qu’il enfile après sur des broches. Le fils de Ménoetios, mortel égal aux dieux, lui, allume un grand feu. Et, lorsque le feu n’a plus d’aliments, que la flamme déjà commence à défaillir, Achille étale la braise ; au-dessus il étend les broches, qu’il soulève de leurs supports, pour verser le sel divin. Quand enfin la viande est rôtie, il la fait glisser sur des plateaux, et, tandis que Patrocle prend le pain et, avec de belles corbeilles, le répartit sur la table, Achille partage la viande. Puis il s’assied en face du divin Ulysse, contre le mur, opposé, et donne ordre à son compagnon Patrocle de faire l’offrande aux dieux. Patrocle dans le feu jette le lot réservé aux offrandes. Puis vers les parts de choix préparées et servies tous étendent les mains. Après qu’ils ont chassé la soif et l’appétit, Ajax à Phénix fait un signe. Mais le divin Ulysse l’aperçoit. Lors il emplit une coupe de vin et, la levant vers Achille, il lui dit :
« Salut, Achille ! Les repas où chacun a sa part ne nous manquent point aujourd’hui, aussi bien dans la baraque d’Agamemnon, le fils d’Atrée, que dans la tienne maintenant. Nous avons là, pour festoyer, force plats délectables ; mais ce n’est pas le soin d’un plaisant repas qui nous préoccupe à cette heure. »

 

Homère, Iliade, IX, 195-228,
C.U.F., Les Belles Lettres
trad. Paul Mazon

 

 

 

 

 

 

                              

 


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