Les amis de Guillaume Budé - De l’institution du prince de Guillaume Budé

Cette chronique raconte la vie des Classiques à la Renaissance. Des contemporains de l’humaniste Guillaume Budé (1467-1540) permettent de voir comment l’Antiquité alimente la culture, la pensée et la langue de l’époque. Hommage à l’ancêtre du Gaffiot, l’imprimeur Robert Estienne est le premier invité des Amis de Guillaume Budé. Sa devise : « Noli altum sapere, sed time », c’est-à-dire « ne t’élève point par orgueil, mais crains ».

 

 

 

Même si l’ouvrage de Guillaume Budé est très différent du Prince de Machiavel, il nous a semblé important de lui consacrer une chronique. D’une part, parce que « les amis de Guillaume Budé » ne peuvent manquer de s’attarder sur l’humaniste et d’autre part parce que son traité est singulier à plus d’un titre.

Il serait trop long de présenter les différents manuscrits (1519-1540) de l’Institution du prince, signalons cependant « un manuscrit d’apparat [...] qui aurait été offert par Budé au roi François Ier » (Bérengère Basset et Christine Bénévent, « Les apophtegmes de Plutarque et la tradition des miroirs du prince au XVIe siècle : l’exemple de l’Institution du prince de Guillaume Budé »Littératures classiques 2014/2, n° 84).

 


Miniature du manuscrit de 1519 de l’Institution du prince représentant Guillaume Budé au travail et offrant son manuscrit au roi François Ier.
Source : Gallica

 

Les manuscrits comportent des variantes (le manuscrit d’apparat étant une version courte), tout comme les trois éditions de 1547 : l’édition lyonnaise reprend la version courte, alors que les deux éditions parisiennes suivent les manuscrits longs.

Qu’est-ce que l’Institution du prince ? Le critique Louis Delaruelle propose de renommer le livre : « le recueil d’apophtegmes offert à François Ier ». Rappelons qu’un apophtegme est une parole, une sentence mémorable de personnages de l’Antiquité. Guillaume Budé fait principalement référence au philosophe grec Plutarque (c. 45 – 125 après J-C.), mais « impose à sa matière un certain nombre de remaniements » (Bérengère Basset et Christine Bénévent, op. cit.) et d’explications. « Budé livre ici une sorte de première traduction du grec en français de certains apophtegmes plutarquiens » (Ibid.). Notons que la connaissance du grec, en ce début du XVIe siècle, n’est pas courante et que Budé et Érasme font partie des rares humanistes à maîtriser cette langue ancienne.

En outre, ce florilège est encadré par une autre écriture, celle du commentaire biblique : longuement au début, et plus rapidement à la fin de son texte, Budé cite et commente des sentences issues majoritairement des Proverbes, mais aussi de l’Ecclésiaste et de l’Ecclésiastique. Il donne la première place à Salomon, représentant à la fois la Sagesse de Dieu et la Majesté royale […].

(Ibid.)

 

Non seulement, Budé remanie les apophtegmes, mais en plus, il fait des choix dans la mise en ordre. « La dispositio sert manifestement à faire valoir la thèse que défend Budé, à dessiner la figure d’un prince juste qui l’emporte sur celle d’un chef de guerre. » (Ibid.) L’Institution du prince est-elle alors un miroir ?

 

Dans le même temps, les « sentences et beaulx ditz des rois et princes anciens », comme les appelle Budé, sont mis au service de la parénèse [discours moral, exhortation à la vertu]. Budé les inscrit dans la tradition des miroirs dont il reprend l’image pour expliciter le but dans lequel il cite les hommes illustres de l’Antiquité et l’usage que pourra en faire son destinataire, François Ier :

Par lesquelles histoires on voit quasy comme en ung mirouer les choses passees comme les presentes. Par la consideration desquelles les hommes peuent grandement acquerir prudence et mieulx consulter les matieres qui s’adonnent et offrent es conseils des princes ainsi que nous voyons advenir tous les jours. Car il n’est riens qui tant face les hommes saiges, que d’entendre l’estat du monde et la condicion de nature humaine, et preveoir les cas qui peuent escheoir et comment on y peult pourveoir et obvier, et est ce que les histoires enseignent.

— (f. 25r°-25v°)          

(Ibid.)

 


Page de titre (détail) d’une des éditions posthumes de l’Institution du prince. Source : Google

 

L’Institution du prince peut être considérée comme un « miroir du prince » dans le sens où elle donne un modèle au prince, par un jeu de reflets. Nous proposerons une dernière chronique sur un traité politique la prochaine fois et nous nous concentrerons sur le Discours sur les moyens de bien gouverner et maintenir en bonne paix un Royaume, ou autre Principauté [...] Contre Nicolas Machiavel Florenti d’Innocent Gentillet. « Volgere il viso alla fortuna ».


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