Les Voyages du professeur Tatoum — La Salle 504

Cette chronique est rédigée chaque semaine dans le train qui mène un « turbo-prof » de Paris, où il vit, à Clermont-Ferrand, où il est maître de conférences. De contrôleurs en grèves d’étudiants, de trains manqués aux cours à préparer, 1500 signes pour décrire les heur(t)s et malheurs d’un classique ordinaire.

 

 

 

Dans l’Intercités 5951, départ de Paris-Bercy à 7H00, arrivée 10H36. Achevé au retour.

 

 

Quand je dis que je suis en salle 504, le mercredi, la compassion se lit clairement sur le visage de mes interlocuteurs. Plutôt difficile d’accès, au dernier étage d’un bâtiment qui ne va pas bien, peinte en gris, elle donne sur un balcon protégé par des barbelés. La vue sur Clermont s’en trouve un peu abîmée. Les jours de vent, une musique étrange accompagne le cours...

 

Moulins, je relis en souriant une élégie de Tibulle. Asper eram, « j’étais un ours mal léché », dit le poète, mais la rupture amoureuse a su me mater : maintenant « j’ai l’air d’une toupie à la merci d’un gamin ». Je voulais qu’on vive à la campagne ! Tu donnerais les ordres, on ferait du vin, tu mitonnerais de bons petits plats… J’ai essayé le vin pour t’oublier : changé en larmes. « Souvent j’ai essayé d’autres filles », fiasco. Deseruit Venus. Et ta porte reste obstinément close. Crise aiguë de paraclausithyron, ces prières que les poètes enamourés adressent en vain aux portes closes…

 

À mon arrivée, la salle 504 est fermée justement, ça n’arrive jamais. On redescend chercher des clés dans je ne sais quel secrétariat, on remonte. Trop de Tibulle nuit-il à l’ouverture des portes ?  La clé n’entre pas dans la serrure. J’apprendrai après enquête que décision avait été prise de changer la serrure de cette salle. Que la chose fut faite ce matin-là, tôt. Que personne n’avait encore les nouvelles clés. Mais QUI a pu décider d’entraver davantage l’accès à cette salle où personne ne veut aller ? Non, mieux vaut ne pas y voir un signe de quoi que ce soit.

 

J-P. de G.

 

 

 

 


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