Les Sphyrènes d’Alexandrie, par Cléopâtre-Alexandrine de Garamond

 

Prenons une bibliothèque d’Alexandrie avant J.-C. et une bibliothèque moderne. Nous remarquons aussitôt que la principale différence entre les deux modèles tient en un mot : rencontres.

 

rencontres, du fr. coup de dé, cf. « jamais un coup de foudre n’abolira le hasard ».  

 

 

 

Les explications proposées par les historiens des Annales en général et par Tacite en particulier pour rendre compte de la plus incroyable rencontre qui a eu lieu dans une bibliothèque laissant à désirer, je me permets modestement de proposer ma version.

 

Un beau matin, Κλεοπάτρα Θεά Φιλοπάτωρ (Cléopâtre VII Philopator, désormais : Cléo) flânait parmi les niches pleines de rouleaux de la bibliothèque du Musée. Elle se trouvait entre la niche cotée AL comme alchimie (car Cléo, comme le rappelle le P. Festugière dans sa Révélation d’Hermès Trismégiste, traînait une solide réputation d’alchimiste) et celle cotée AM comme amour (car Cléo, comme ne le rappelle pas le P. Festugière, était « portée par son tempérament à rechercher sans retenue les plaisirs des sens », selon les Antiquités judaïques, XV, 4, 97), lorsqu’elle tomba nez à nez avec Jules César (désormais : Jules). Comme tous les auteurs un brin narcissiques, Jules vérifiait incognito que la plus célèbre bibliothèque du monde possédait un exemplaire de son de Belgica historia. Notons que ce n’est pas ce coup de foudre qui mit le feu à la bibliothèque, comme le pensent certains historiens mal informés dont nous tairons le nom. Ils lurent beaucoup d’histoires et eurent au moins un bébé.[1] Telle est ma version des faits.

 

Qu’en est-il aujourd’hui ? Tablettes ont remplacé rouleaux et papyri. Et si l’on se donne toujours rendez-vous du côté d’Ovide, c’est de plus en plus grâce à des pages dites spotted, qui permettent de contacter l’élu(e). Puis on s’envoie des SMS littéraires, genre : « slt bogoss vi1 au 870 OVI asap. Cléo ». Le reste ne nous regarde pas.

 

C’est pourquoi les bibliothèques modernes sont grandes (en particulier la bibliothèque universitaire de Nanterre, avec son site Facebook « SpottedNanterreParis10 »), alors que question rencontres, la bibliothèque d’Alexandrie est toujours restée très vieille France. 

 

 

 

 

 

 

 

FESTUGIERE (André-Jean), La Révélation d’Hermès Trismégiste ; nouvelle éd. corrigée par Concetta Luna, avec un prodrome du P. Henri Dominique Saffrey et un index par Nicolas Roudet, « Collection d’études anciennes », Les Belles Lettres, Paris, 2014.

 

FLAVIUS JOSEPHE, Antiquités judaïques. XI-XV, trad. Joseph Chamonard, E. Leroux, Paris, 1904.

 

OVIDE, Les Amours, éd. Henri Bornecque, trad. Henri Le Bonniec, « Collection des universités de France », Les Belles Lettres, Paris, 1989.

 

 

 

 


[1] Enfin, pour être honnête, disons que Cléo fit croire à Jules que l’enfant était de lui. En tant que descendante de Cléopâtre, ce Jules ne me plaît qu’à moitié. L’idée de partager mon patrimoine génétique avec un monsieur capable d’employer 383 fois le mot Caesar pour parler de lui – et ce, dans un seul livre ! – me répugne. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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