Les Illustres — Mathilde Salomon : une femme d’action au tournant du siècle

 

Vincent Duclert, École des Hautes Études en Sciences Sociales

(Centre d’études sociologiques et politiques Raymond-Aron)

 

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« Il n’y a pas de justice, disait-elle ; elle sera quand l’homme l’aura créée » [1].

 

 

La journée consacrée à Mathilde Salomon organisée par le Collège Sévigné donne l’occasion de revenir sur une question centrale dans l’histoire de la France de la IIIe République, à savoir la possibilité pour une femme d’accéder à un rôle politique, d’avoir une existence civique, de s’impliquer dans la vie démocratique[2]. C’est la question de la capacité d’agir en face des pouvoirs, d’affirmer la liberté des personnes, de défendre l’égalité des individus dans la société. Pour les hommes agissant au tournant du XIXe siècle dans la France républicaine, cette capacité est une évidence. Pour les femmes, c’est un silence qui rejoint ces silences de l’histoire rappelés par Michelle Perrot dans l’ouvrage qui porte ce titre[3].

 

Mathilde Salomon a eu incontestablement un rôle politique, à la fois dans ses choix scolaires en faveur d’une intransigeante liberté de l’enseignement et de l’exigence pour les savoirs enseignés, et dans ses convictions civiques et républicaines qui l’entraînèrent à s’engager, comme femme et pédagogue, dans l’affaire Dreyfus. Si son œuvre scolaire est fréquemment honorée, ses combats plus politiques sont passés sous silence, sinon dans la brochure qu’en 1911, l’une de ses anciennes élèves, Marthe Lévêque, consacra à sa vie[4] ou l’hommage de Miss M. Scott pour le cinquantenaire du Collège Sévigné[5]. Dans les discours délivrés à la mort de Mathilde Salomon ou durant les commémorations anciennes du Collège, on ne lit pratiquement d’elle que le portrait de l’éducatrice, certes d’exception, mais toujours rapportée au modèle qui prévaut lorsqu’il s’agit d’évoquer une femme libre au tournant du siècle, une femme républicaine de ces années-là, si exceptionnelle soit-elle. Elle est nécessairement confondue avec l’horizon de l’école, qui semblait s’arrêter au seuil de la cité, de la politique et de la République.

 

Il s’agit pourtant d’aller plus loin dans l’évocation de Mathilde Salomon comme « femme publique[6] ». Lui reconnaître ses vertus de directrice du Collège Sévigné, c’est bien sûr l’honorer mais c’est aussi, il faut en avoir conscience, l’enfermer dans un schéma qui est celui l’inégalité politique instituée. Il y a un biais dans ces hommages qui se répètent, des lendemains de sa mort le 15 septembre 1909 au centenaire du Collège Sévigné en 1980. J’ai été frappé, à la lecture de tous ces textes réunis par l’administration du Collège Sévigné, par la répétition d’évocations qui ne cessent souscrire à un modèle, celle de la femme cantonnée à ses tâches d’enseignement quand bien même Mathilde Salomon y réussit remarquablement. Le projet éducatif de Sévigné n’était pas une fin en soi. Le Collège libre voulu par Mathilde Salomon portait une vision de la société et de la politique faites d’individus libres et conscients, capables de se saisir des questions du temps et d’y apporter une réponse. Dans l’affaire Dreyfus qu’elle vécut avec passion, elle y appliqua sa même « passion de la vérité » transmise dans les choix éducatifs de Sévigné. Il importe donc, pour comprendre l’environnement intellectuel de Mathilde Salomon, de repartir de son rôle d’« éducatrice libre[7] » et d’en envisager toutes les implications sociales, philosophiques et politiques. À sa mort, un seul hommage a dérogé aux dispositifs de genre, celui du socialiste Albert Thomas. La brève nécrologie qu’il publie dans l’Humanité envisage sa dimension politique en ces termes. Dans sa brièveté, elle dit l’essentiel :

 

« Mlle Salomon est morte hier, à l’âge de 72 ans. Il est peu de camarades de notre Parti qui la connaissaient. Mais aucun effort d’émancipation ne saurait nous être indifférent, et celle qui vient de disparaître a trop fait pour l’enseignement secondaire des jeunes filles, pour qu’un de ses collaborateurs les plus attachés ne rappelle ici son souvenir ».

Le Collège qu’elle avait repris en 1883 était devenu grâce à elle un véritable laboratoire d’expériences pédagogiques. Soit pour l’organisation du travail, soit pour les programmes et les méthodes d’enseignement, les initiatives prises-là ont inspiré souvent les plus heureuses réformes de nos établissements publics. Les jeunes filles qui y ont été formées se reconnaissent entre toutes, non seulement par leurs connaissances, mais aussi et surtout par l’esprit de tolérance et de critique qu’elle s’attachait à développer en elles. Plusieurs des œuvres d’assistance mutuelle inspirées d’un large et généreux esprit, tout contraire à la fausse charité, et que j’ai décrites dans ce journal, comme les Maisons familiales de repos du personnel de l’enseignement, l’Entr’aide pour les ouvrières à domicile, des colonies de vacances, etc., étaient soutenues, aidées ou même administrées par elle. Son esprit clair et vigoureux, son énergie patiente, ne reculaient devant aucune initiative. Elle rêvait, dans les derniers mois, de réaliser enfin et d’imposer en France, par sa méthode prudente et avisée, un système de co-éducation. Elle n’était pas tout à fait des nôtres. Elle suivait notre effort avec sympathie ; mais elle avait peur de ce qu’elle appelait “nos exagérations”, “nos violences” de tout ce que la lutte des classes a fatalement de pénible et d’âpre, pour les cœurs généreux. Elle n’en aura pas moins contribué pour sa part à libérer bien des intelligences des préjugés et de l’erreur. »[8]

 

Un aveu de 1906, livré quand Mathilde Salomon reçut le ruban rouge de la Légion d’honneur, indique l’ambition qui fut la sienne d’agir sur le destin de la société et la relative déception qu’elle ressentit devant la faible réponse à ses attentes[9]. Il était bien difficile aux femmes de son époque d’être reconnues pour leur œuvre véritable, cette reconnaissance exigeant de sortir des catégories dans lesquelles elles étaient saisies. Il est intéressant à cet égard de souligner comment deux anciennes élèves de Mathilde Salomon, seules, décrivirent cette femme d’action qu’elle avait choisie d’être. L’insistance que Marthe Lévêque et Miss Scott, à quarante ans d’écart, portèrent sur son engagement dans l’affaire Dreyfus traduit ce passage, d’un récit convenu à un portrait en vérité.

 

Le discours dominant sur les femmes du XIXe siècle, même les plus admirables d’entre elles, passait aussi par l’individuation de leur action et le refus de les compter dans l’ordre collectif et politique. Pour Mathilde Salomon, on ne peut passer sous silence le nom de Dick May[10], sœur de l’histoire Georges Weil, directrice du Collège libre des sciences sociales en novembre 1899 puis de l’École libre des hautes études sociales en 1900, amie de Frédéric Rauh, d’Émile Duclaux, de Félix Alcan qui sont aussi des amis de Mathilde Salomon. Isoler les femmes publiques, c’est les empêcher d’exister publiquement. Encore une fois, le contraste est singulièrement important avec ce qui aurait pu être dit et écrit d’un homme de la carrière et de la stature de Mathilde Salomon. Mais dans les plis des hommages et des témoignages, se révèle cette femme politique que fut Mathilde Salomon. Il ne s’agit pas d’opposer pour finir son œuvre scolaire et cette dimension politique à laquelle nous tenons, mais de les penser ensemble comme cette étude ambitionne de le faire.

 

Un premier « cercle d’amitiés choisies »

 

Les données relatives à la première vie de Mathilde Salomon, avant son accession à la direction du Collège Sévigné qui l’a fit accéder à la pleine maîtrise d’elle-même et de son existence, sont peu nombreuses et fragmentaires. La brochure que Marthe Lévêque, consacra en 1911 à sa directrice décédée (le 15 septembre 1909) mentionne néanmoins quelques informations précieuses. Née à Phalsbourg le 14 décembre 1837 dans une famille israélite pieuse et aisée (malgré les difficultés récurrentes du commerce paternel en effets militaires), affectée d’une grave infirmité physique[11], Mathilde Salomon révéla très vite des capacités intellectuelles hors du commun. Muni de son brevet et du soutien de son instituteur, elle quitta le milieu familial à dix-huit ans pour gagner Paris. Vivant avec l’une de ses sœurs qui l’avait rejointe, elle finança ses études par des leçons particulières. Mais, comme toutes les jeunes filles de son époque, elle ne put aller au-delà du brevet supérieur « brillamment conquis[12] ». Elle se résigna à devenir préceptrice dans une famille parisienne, souffrit de cette situation dominée, « songea même sérieusement à entrer dans les affaires », renonça finalement à cet essai de « vie commerciale », et entra comme associée dans une institution de jeunes filles du boulevard de Neuilly. Cette expérience d’enseignement et d’éducation compta beaucoup dans sa formation et sa vocation. Elle comprit ce que pouvait une institution scolaire pour la formation des esprits particulièrement ceux des jeunes filles tenues à l’écart des hautes études[13].

 

Marthe Lévêque mentionne pour cette époque « un cercle d’amitiés choisies [qui] se formait autour d’elle[14] ». Il semble qu’en son centre se tienne un ami très proche, rencontré à Paris dans sa jeunesse. « Presque oublié de nos jours, inconnu des jeunes, Raoul Frary, normalien, professeur, journaliste, fut un des esprits les plus libres, un des écrivains les plus exquis de son époque ». Né en 1842, reçu au concours des lettres de l’École normale supérieure en 1860, Frary fut le camarade, à la rue d’Ulm, des historiens Ernest Lavisse, Charles Molinier, Gabriel Monod, du philosophe Théodule Ribot, tous de la promotion 1862. Marthe Lévêque souligne l’importance de cette amitié pour Mathilde Salomon et la profonde influence que les deux amis exercèrent l’un sur l’autre jusqu’à la disparition soudaine de Raoul Frary en 1892. Plus tard, avec Frédéric Rauh, Mathilde Salomon retrouvera cette inspiration intellectuelle et affective si précieuse, avant que la mort soudaine du philosophe ne lui enlève cette seconde grande amitié et ne précipite alors sa fin[15]. Raoul Frary fut un soutien indéfectible de Mathilde Salomon, notamment dans sa trajectoire vers Sévigné.

« Il avait quelques années de moins que Mlle Salomon : entre eux s’était formée – et devait durer jusqu’à sa mort –, une intimité très particulière ; et sans faire tort à l’un ni à l’autre, il est permis de dire qu’ils avaient exercé l’un sur l’autre une puissante influence mutuelle. Mademoiselle Salomon lui devait beaucoup ; il avait guidé ses lectures, élargi ses pensées, pénétré son esprit d’un humanisme délicat ; il l’avait entouré d’un cercle d’esprits charmants ou vigoureux ; il avait mis, dans sa vie dénuée d’espérance, de très bonnes réalités, le plaisir de comprendre, d’être comprise, de sentir, comme elle le disait, son esprit mis en mouvement par celui des autres ; elle avait goûté par lui, près de lui, la joie de plaire et de briller par des dons qui ne sont point fugitifs, ni méprisables : l’étendue et l’ardeur de l’intelligence, la subtilité ingénieuse de l’esprit. Il la faisait, enfin, connaître, apprécier ; il la faisait présenter, en 1883, au comité du Collège, et contribuait à lui mettre en mains les moyens de réaliser, comme éducatrice, tout ce qu’elle rêvait. »[16]

 

Un milieu d’esprits libres et de réformateurs libéraux

 

Mathilde Salomon fut choisie en 1883 comme directrice du Collège Sévigné, après avoir exercé plusieurs responsabilités de direction d’établissements de cours privés pour jeunes filles (rue d’Amsterdam, rue Bleue, rue de Trévise). Cette expérience professionnelle déjà forte, les convictions éducatives et intellectuelles qu’elle en conçut, le réseau d’amitiés qu’elle sut développer autour d’elle, lui donnèrent la capacité de se montrer à la hauteur de son ambition pour faire du Collège Sévigné une institution de référence. Pour cette « éducatrice véritable », il fut son « champ d’action », et d’autant mieux que sa solitude imposée par son infirmité lui procurait un pouvoir dont elle ne se départit point, comme on le verra, la liberté.

 

Rue Condé où s’était établi le Collège Sévigné, Mathilde Salomon n’arriva ni en terre inconnue ni sur un terrain vierge[17]. Fondée en 1880 par la Société pour la propagation de l’enseignement parmi les femmes, il était « l’œuvre d’un groupe d’homme éminents tels que MM. Frédéric Passy, Michel Bréal, Levasseur, Trélat, Roquain, etc.[18] », auxquels il faut ajouter Ferdinand Buisson et Elie Rabier[19]. Ces lettrés et universitaires, d’origine protestante (comme Frédéric Passy, Buisson et Rabier), ou juive (comme Michel Bréal), étaient unis par l’exigence d’une pensée libre et de sa transmission par l’enseignement et l’éducation, afin de doter la République d’une base savante et féminine. Ce comité agissait pour l’institution comme une société de grand rayonnement et de forte attraction. La nouvelle directrice put compter sur les protecteurs du Collège autant que ceux qu’elle recruta par la suite et qui, pour plusieurs d’entre eux, exercèrent aussi des fonctions d’enseignement[20].

 

En 1883 cependant, et en dépit de la qualité de ses parrains, le Collège Sévigné ne parvenait pas à affirmer sa personnalité au moment où l’enseignement secondaire public, par la loi Camille Sée, s’ouvrait aux jeunes filles. Le Collège poursuivait la même ambition et ses fondateurs étaient inspirés des mêmes principes qui avaient guidé la loi de 1880. Le Comité du Collège vit en Mathilde Salomon la directrice qui, par son « haut degré de force morale et intellectuelle », allait assurer à l’établissement son rayonnement et sa voie[21].

 

À la tête du Collège Sévigné, Mathilde Salomon fit reposer sa direction sur deux axes novateurs et complémentaires – conduisant même à une forme de critique de l’enseignement secondaire des jeunes filles imaginé par le législateur de 1880. Ces convictions, elle pouvait les mettre d’autant mieux en œuvre qu’elle était à la tête d’une institution indépendante, libre de toute hiérarchie[22]. Rejoignant le précepte de son ami Raoul Frary écrivant en 1885, « tout s’improvise, excepté de bons maîtres[23] », elle décida de ne pas confier les élèves de Sévigné à de jeunes agrégées, mais à des professeurs hommes parvenus à un niveau élevé de leur savoir et de leur pédagogie. « Elle ne pouvait croire, expliqua encore en 1911 Marthe Lévêque, que pour rapprocher l’un de l’autre l’esprit de l’homme et l’âme de la femme, il fût logique de soumettre la jeune fille à des directions exclusivement féminines, et d’éliminer de sa vie intellectuelle toute mâle et vigoureuse influence. Elle était convaincue au contraire – et le resta – que rien ne tonifie un cerveau de jeune fille comme l’enseignement masculin, pourvu qu’une femme le dirige. Or, elle était là. »[24] Ces « professeurs hommes[25] », comme disaient les « petites filles avec un vif sentiment de leur dignité », enseignaient aux plus jeunes élèves, dès l’âge de douze ans. Leur liberté était très large. « Chacun gardait, bien entendu, son indépendance entière, encore qu’une délicate orientation fût souvent donnée, d’une main discrète, même aux plus distingués d’entre eux. Et de ce contact journalier avec des esprits très divers, de cet entraînement à comprendre et à suivre des intelligences différentes, s’exprimant chacune sous sa forme propre, naissait chez les jeunes filles une rare promptitude et une rare souplesse intellectuelles. Tout l’horizon de la pensée, tous ses chemins divers, se présentaient à leur esprit en un raccourci passionnant ; entre ces professeurs distants, qu’on voyait une ou deux fois par semaine, qu’on n’approchait jamais, et les meilleures de leurs élèves, s’établissait une entente subtile, une sorte de liaison intellectuelle, dont beaucoup, déjà vieilles, sentent encore aujourd’hui tout le bienfait et tout le charme. C’était la vie, enfin, la vie de l’esprit, à l’âge où rien n’en vient distraire. »[26]

 

La politique des savoirs

 

L’autre grand choix directeur de Mathilde Salomon visait les matières enseignées. Là aussi il ne s’agissait pas seulement, comme l’écrivit Marthe Lévêque, de « libérer l’esprit féminin » en insistant sur les humanités grecques et latines, mais de « faire avant tout, des femmes cultivées[27] ». Pour ce faire, elle décida de privilégier les cours de français, de langues vivantes, d’histoire, de mathématiques, de sciences physiques et naturelles, de philosophie. Mathilde Salomon pouvait se reposer sur les convictions en la matière de son ami Raoul Frary, qu’il entreprit même de rendre publiques. Son essai sur La question du latin parut en 1885 aux éditions du Cerf. Le livre, qui suscita de nombreux commentaires et critiques à sa publication, s’interrogeait sur le rôle des humanités dans la culture générale de l’esprit et la formation de la jeunesse à la vie moderne. Il envisageait ces questions d’éducation, pour les garons comme pour les filles, qu’il ne séparait point dans sa réflexion.

 

Sa politique d’enseignement, Mathilde Salomon en avait une vision très claire qu’elle exprima par exemple en 1892 : « Bien que nous n’ayons pas le loisir, à notre époque utilitaire, de déterminer notre choix par des considérations d’ordre esthétique, il faut que les femmes voient avant tout dans l’étude des langues, non le succès d’un examen, non l’accès d’une école, mais le moyen d’agrandir leur âme ; qu’elles comprennent que cette pénétration d’un idiome nouveau, c’est l’entrée dans une vie nouvelle, où, pourtant elles retrouveront, sous d’autres formes, les traits généraux du cœur et de l’esprit humain »[28]. Pour Marthe Lévêque analysant les choix éducatifs, « l’étude des langues étrangères se lie nécessairement et étroitement à celle de la langue maternelle, et à la culture générale de l’enfant ; elle est littéraire, elle est historique ; et son objet propre est l’élargissement du domaine intellectuel[29] ». Mathilde Salomon s’efforça de transmettre la part des femmes dans la propagation des langues vivantes, notamment par une conférence éponyme donnée le 30 janvier 1894 dans la grande salle de l’hôtel des sociétés savantes à Paris[30].

 

Angliciste et germaniste confirmée, Mathilde Salomon s’était pourtant réservé à Sévigné le cours de morale. Il lui offrait la possibilité de transmettre aux élèves, au moment où elles découvraient leur personnalité, à l’âge de quinze à seize ans, ses convictions sur le sens même de l’éducation dispensée. Elle conserva toute sa vie cet enseignement et publia même en 1893 un Manuel, À nos jeunes filles. Lectures et leçons familières de morale d’après le programme des Écoles primaires supérieures de jeunes filles (1893)[31]. Tout en se pliant à la définition imposée du rôle de la femme dans la société, Mathilde Salomon s’employait à amener les jeunes files qu’elle éduquait à réfléchir à elles-mêmes et à leur existence future, et cela moins grâce aux livres et aux humanités que dans l’analyse de leur vie et le dialogue avec le professeur[32]. Marthe Lévêque ne craint pas d’écrire, à juste raison, qu’elle « armait ses élèves », par l’exemple qu’elle leur donnait, par la sagesse qu’elle inspirait[33].

 

Inspirer l’enseignement républicain

 

Outre les cours dispensés en vue de l’obtention du baccalauréat moderne et du baccalauréat latin-langues[34], Mathilde Salomon s’appliqua à la formation des futures professeures des lycées de jeunes filles instaurés par la loi de 1880. Ce personnel, l’école normale supérieure de Sèvres ne le fournissait pas tout entier. La directrice de Sévigné ouvrit alors des cours du soir pour permettre à celles, généralement de jeunes institutrices, qui les suivaient la préparation du certificat d’aptitude et de l’agrégation[35]. Comme le résuma encore Marthe Lévêque dans une compréhension intime des convictions de Mathilde Salomon, celle-ci « s’efforça de développer des personnalités et d’introduire, par les professeurs de ses cours du soir, un élément de vie intellectuelle indépendante et forte dans le futur enseignement féminin. Elle poussait peut-être à l’excès la crainte du moule officiel, de l’uniformité des directions, de la mainmise sur les esprits ; elle attribuait à la valeur personnelle une extrême importance, et croyait que pour développer cette valeur, rien ne vaut la libre conquête de soi-même, l’effort indépendant et isolé. »

 

Cette volonté d’indépendance força l’adhésion de l’État éducateur, bousculé dans ses velléités de monopole. Professeur au Collège Sévigné, Miss. M. Scott se souvint qu’en 1905, au cours des cérémonies du 25e anniversaire du Collège, Elie Rabier, alors directeur depuis plus de quinze ans de l’enseignement secondaire (et qui compta parmi les initiateurs de la Société pour la propagation de l’enseignement parmi les femmes), « se leva spontanément pour dire : « L’Université et le Collège Sévigné font échange de bons offices. Vous nous empruntez quelques-uns de nos meilleurs maîtres ; mais vous faites si bien fructifier leurs cours que vous nous donnez en retour quelques-unes de nos meilleures maîtresses. Parmi nos premières agrégées, nous ne saurions oublier que plus d’une sort de vos mains’[36] ». S’entourant des meilleurs professeurs des Facultés et des savants de la République, Mathilde Salomon anima une institution d’avant-garde qui obligea l’École autant que l’Université à s’interroger sur leurs fins et à se réformer.

 

L’œuvre considérable de Mathilde Salomon à la tête du Collège Sévigné lui valut la reconnaissance et les honneurs de la République, chose suffisamment rare dans ce régime du conservatisme masculin pour ne pas être relevée. Elle fut nommée en 1892 membre du Conseil supérieur de l’instruction publique où elle représenta l’enseignement libre féminin[37]. Deux ans auparavant, le ministère de l’Instruction publique avait octroyé au Collège Sévigné une forte subvention[38]. Le 12 octobre 1906, Mathilde Salomon fut décorée de la Légion d’honneur. « Elle l’avait désirée, ne s’en cachait pas. C’était une distinction rarement accordée aux femmes, une consécration officielle de son œuvre, une victoire aussi sur l’antisémitisme. Elle en fut heureuse. Mais le soir, en face d’elle-même, voici ce qu’elle écrivait : « Ne pas être comme tout le monde, ne pouvoir espérer sa part, si petite qu’elle soit, des biens offerts à tous, ne pas avoir été mère, voilà ma vie. Ce petit ruban semble dire que sous d’autres rapports, je n’ai pas non plus été comme tout le monde. Mais j’aurais cru la joie plus intense. »[39]

 

Durement frappé en février 1909 par la mort soudaine de son ami le philosophe Frédéric Rauh[40], voyant sa propre fin venir, Mathilde Salomon organisa sa succession afin de permettre au Collège Sévigné de conserver sa pleine indépendance, source d’excellence et d’innovation. Elle décida de la forme par laquelle l’institution allait continuer à fonctionner : « Une association des professeurs qui nommerait une directrice. Celle-ci recevrait, outre le traitement à régler par l’association, la moitié des bénéfices de l’année, après prélèvement du traitement des professeurs et de tous les autres frais : la seconde moitié du bénéfice sera partagée entre les professeurs. Si le collège continue à vivre, je lui lègue le matériel scolaire, le mobilier des internes et des maîtresses résidentes, le linge de maison du collège, mon linge personnel étant partagé entre mes sœurs. »[41] Elle décide d’instituer son frère Jules Salomon exécuteur testamentaire. Le Collège Sévigné allait vivre après sa mort.

 

« Elle entrevoyait, dit Miss M. Scott, une coopérative intellectuelle qui choisirait une directrice, mais elle ne nommait personne, voulant nous laisser la liberté avec laquelle elle-même attachait un tel prix. Inclinons nous avec respect et reconnaissance devant cet acte suprême, si libéral dans tous les sens du terme ? Saluons aussi avec gratitude la mémoire de M. Jules Salomon, qui, en sa qualité d’exécuteur testamentaire, n’eût jamais qu’un seul souci : réaliser généreusement, pleinement, les dernières volontés de sa sœur. »[42] Le développement de telles « coopératives intellectuelles » avait été au cœur du dreyfusisme. Les expériences furent nombreuses, des Universités populaires à l’École des hautes études sociales[43].

 

Une laïcité libérale

 

Mathilde Salomon épousait le projet républicain d’universalité des droits et des libertés. Elle contribua à cette philosophie morale si caractéristique des « philosophes de la République »[44], de Charles Renouvier[45] à Ferdinand Buisson[46] en passant par Frédéric Rauh auquel, à Sévigné, elle confia la tâche de développer la philosophie. Tous deux partageaient de solides convictions en la matière. « La recherche philosophique conçue comme une activité vraiment libre, comme une forme excellente de la vie humaine et commune[47] », résumait Émile Boutroux aux obsèques du philosophe. Marthe Lévêque insista sur l’importance de cet enseignement pour la formation de la conscience morale et intellectuelle des élèves, échappant à tout dogmatisme.

 

« Une invitation continue à la réflexion, à l’effort, à l’abandon des préjugés, à la conquête de soi-même, tel fut l’enseignement de ce maître. Et vraiment, si la hardiesse de sa pensée jeta parfois l’inquiétude en des consciences bien fragiles, ou quelque audace excessive en des esprits qui n’avaient pas, comme le sien, les droits de la vigueur et de l’expérience, cet enseignement n’eut pas, du moins sur les âmes, l’action appauvrissante d’un dogmatisme injustifié. Il fut d’ailleurs, sous une forme émouvante, le contrecoup nécessaire d’un ébranlement profond où s’était révélée la vétusté de bien des principes. L’heure de se faire, même péniblement, même dangereusement, une conscience autonome et vraiment libre, était venue. Mlle Salomon du moins le pensait, et dédaigneuse des risques, elle se joignit, de cœur et d’action, à l’effort rénovateur de Rauh. »[48]

 

L’affaire Dreyfus renforça comme on le verra, chez Mathilde Salomon, le choix de la philosophie critique et de sa transmission aux élèves de Sévigné. Le développement de cet enseignement visant l’éducation autant que la liberté soutenait la décision prise par Mathilde Salomon d’assurer au Collège une complète indépendance, à l’égard des religions autant qu’en face de l’État. Elle donna ainsi ses lettres de noblesse en même que ses moyens à un enseignement pourtant improbable à cette époque en France, à la fois féminin, privé et laïc. Source de liberté, cette laïcité était fondée sur la transmission des savoirs et l’éducation au sens critique.

 

Cette laïcité tendait à une idée républicaine qui n’était ni celle du monopole d’État ni celle d’un dogme républicaniste. Sa relation à la liberté, qui l’attachait en conséquence à un libéralisme de la conscience, explique pourquoi elle n’exigeait pas des personnes le renoncement à leurs origines ou leur individualité. Mathilde Salomon n’était ni croyante ni pratiquante. Elle conservait une adhésion au judaïsme à travers la culture juive. Elle l’étudia lorsque ses charges lui donnaient quelques loisirs. Elle traduisit ainsi de l’anglais Chad Gadya, une œuvre de l’intellectuel britannique et penseur du sionisme Israël Zangwill, très marqué par l’affaire Dreyfus et le déferlement de l’antisémitisme en Europe. Charles Péguy publia cette traduction dans les Cahiers de la Quinzaine en 1904 et voulut « dire combien nous sommes obligés au traducteur qui, ayant en mains, ayant traduit d’enthousiasme ce beau poème, totalement inconnu de nous, d’enthousiasme nous l’apporta[49] ».

 

Mathilde Salomon s’identifiait à une forme de laïcisme profondément intellectuel et culturel, libéral et critique, qu’elle partageait avec nombre de penseurs de son temps. Loin de rejeter les origines confessionnelles ou traditionnelles, cette laïcité unissait particulièrement juifs et protestants[50] dans une même conscience de l’attachement à la raison et à la connaissance.

 

 

 

 

Un corps professoral sans équivalent

 

L’organisation des cours du soir[51] renforça Mathilde Salomon dans ses choix pédagogiques et philosophiques. Ceux-ci exigeaient la formation, au Collège Sévigné et autour d’elle, d’une équipe de professeurs hommes, dotés de savoirs académiques élevés mais guidés aussi par une réflexion critique sur les mots, les choses et les existences humaines, et agissant également dans une forme d’indépendance à l’égard des normes et des institutions. Ses amitiés anciennes, celle si précieuse de Raoul Frary qui l’introduisit rue Condé, celles qui vinrent à travers les membres du Comité du Collège (et leur épouse dont Mme Bréal[52]), les amis des premiers professeurs qu’elle recruta constituaient un riche foyer dans lequel elle puisa pour composer un corps professoral de haute qualité et en constant renouvellement. Comme le relève Marthe Lévêque, beaucoup des professeurs, parce qu’ils poursuivaient de grandes carrières académiques et scientifiques, ne restaient que quelques années à Sévigné[53], comme les philosophes Émile Chartier, Henry Michel[54], Elie Rabier[55], Charles Salomon, les historiens Lucien Lanier, Paul Dupuy, Salomon Reinach, Albert Thomas, etc. D’autres cependant enseignèrent à Sévigné jusqu’à leur mort, comme les philosophes Victor Brochard (1848-1907) et Frédéric Rauh (1861-1909). Ces professeurs se connaissaient souvent intimement entre eux, s’accordaient sur des valeurs intellectuelles communes, partageaient le même républicanisme exigeant. Ils étaient recrutés par Mathilde Salomon en raison de ces qualités intellectuelles et morales, et de leur adhésion au projet des libertés pédagogiques et académiques qui fondaient Sévigné.

 

Mathilde Salomon sut ainsi associer à sa haute conception des libertés pédagogiques et philosophiques une société intellectuelle et académique de grand prestige, composé de savants et de professeurs dont beaucoup défendaient individuellement l’exercice de la critique et la liberté de l’esprit. Afin de préserver ce fragile mais précieux équilibre, la directrice du Collège Sévigné choisit de conserver à cette institution d’enseignement privé laïc sa totale indépendance. C’est ainsi, comme le rappelle par exemple Marthe Lévêque, qu’elle déclina un legs important « plutôt que d’abdiquer son autorité entre les mains d’un conseil d’administration, condition nécessaire à la reconnaissance d’utilité publique qui seule donne à une œuvre le droit d’hériter[56] ».

 

Cet esprit laïc et libéral expliqua largement pourquoi la très grande majorité des professeurs du Collège Sévigné furent dreyfusards et, plus encore, furent des acteurs très engagés dans le mouvement de défense des droits de l’homme caractéristique du tournant du siècle. Ils rejoignaient par là-même leur directrice, dreyfusarde et dreyfusiste comme ses amis mais aussi comme une femme politique.

 

L’engagement dreyfusard de Mathilde Salomon

 

L’environnement intellectuel de Mathilde Salomon est donc résolument dreyfusard[57]. Et ceux qui par fonction, comme Elie Rabier, ne peuvent s’engager personnellement, favorisent la mobilisation dreyfusarde[58]. Certains furent même d’ardents et de précoces dreyfusards, comme Michel Bréal, Frédéric Rauh, Paul Dupuy ou Salomon Reinach. C’est avec eux que Mathilde Salomon échangea durant cette grave crise nationale, c’est avec eux qu’elle dégagea la philosophie par laquelle elle serait surmontée. « Tous les amis de Mathilde Salomon étaient, bien sûr, dreyfusards », se souvint Thérèse Maurette-Dupuy, fille de Paul Dupuy, dans le livre publié pour le Centenaire du Collège Sévigné [59]. Marthe Lévêque témoigna de ce que furent pour Mathilde cette crise et cet engagement, consacrant à l’événement plusieurs pages de son essai biographique.

 

« L’affaire Dreyfus, avec ses conséquences incalculables, tout ce qu’elle a déterminé, tout ce qu’elle a précipité, irrémédiablement détruit de belles illusions, fait naître passagèrement de belles espérances, fut une de ces crises vitales d’où l’on ne peut sortir, si l’on y rentre, qu’avec une âme renouvelée.

Mlle Salomon en souffrit autant qu’on peut souffrir quand on a vécu soixante ans, fortement soutenu par des sentiments essentiels, et que l’on sent tout à coup se déplacer l’axe de sa vie. Son culte pour la France mutilée, moralement intacte ; sa foi dans les vertus et l’avenir de notre pays ; sa confiance, non pas seulement dans la générosité de la race[60], mais dans sa raison, tout fut momentanément ébranlé. Un instant, le dégoût la domina, ‘un dégoût profond, un découragement de tout, le sentiment que le travail n’a pas de joie, puisqu’il ne peut avoir de résultat’. Puis elle se ressaisit, envisagea de nouveau la vie en face, et continua son œuvre, d’un cœur plus que jamais français, amèrement, passionnément français.

Il n’était plus possible de voir la réalité à travers le souvenir de ses efforts et de ses rêves. Liberté de pensée, tolérance, justice, respect de la loi, valeur morale de la culture, c’étaient des mots, de beaux désirs non réalisés, l’événement le prouvait. Plus que jamais régnaient les préjugés, le mensonge et la violence, l’exploitation de la bêtise humaine par la bassesse humaine. Et le rare exemple d’iniquité qu’on avait sous les yeux évoquait, dénonçait, imposait enfin à la conscience « l’horrible injustice de la vie ». C’était une vue dont on n’avait plus le droit ni le pouvoir de se détourner ; la souffrance humaine, le « vrai infini », devenait la première, la seule réalité ; l’effort pour diminuer l’injustice le seul devoir. On avait assez longtemps cultivé le moi, développé l’individu ; il était temps, grand temps de lui rendre la conscience du tout, et de son rôle dans le tout. Ainsi peut-être, un jour arriverait-on, par la lutte systématique contre les inégalités sociales, l’ignorance, la misère, les forces brutales et inconscientes, à faire triompher la justice. »[61]

 

Mathilde Salomon ne signa pas, à notre connaissance, les pétitions dites « des intellectuels », lancées les 14 et 15 janvier 1898 par un groupe de savants, d’artistes et d’écrivains, et publiées par le Siècle et par l’Aurore. Mais elle s’engagea totalement dans ce qui émana de cette grande protestation civique, la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen à laquelle elle participa en tant que membre du premier Comité directeur. Elle fut présente à la première assemblée générale de la Ligue, réunie le 4 juin 1898 à la salle de l’hôtel des sociétés savantes à Paris. Il y fut procédé à l’élection, par acclamation, du Comité. Mathilde Salomon figure ainsi aux côtés de Ferdinand Buisson, professeur à la Faculté de lettres ; Charles Friedel, membre de l’Institut ; Dr Georges Hervé, de l’École d’Anthropologie ; Louis Lapicque, maître de conférences à la Sorbonne ; Léon Marillier, professeur à l’École des Hautes-Etude ; Paul Passy, professeur à l’École des Hautes-Études ; Dr Paul Reclus, membre de l’Académie de Médecine ; Charles Richet, de l’Académie de Médecine ; Charles Seignobos, professeur à la Faculté des Lettres, etc.

 

Nommément dénoncée par le très nationaliste quotidien le Gaulois, elle répondit à son directeur Arthur Meyer par une lettre du 7 juin que publia le Siècle :

« Monsieur le directeur,

Dans une note du Gaulois sur la fondation de la “Ligue française pour la défense des Droits de l’homme et du citoyen”, je trouve ces mots : “Les fonctionnaires de l’État et surtout ceux qui sont préposés, comme Mlle Salomon, à l’éducation de la jeunesse, sont-ils qualifiés pour voter des ordres du jour en l’honneur de Zola et du colonel Picquart ?”

Le Collège Sévigné n’est pas un établissement de l’État et sa directrice n’a nul besoin de l’autorisation de personne pour accepter le grand honneur que lui a fait, en la choisissant du Comité, la nouvelle association.

Je compte sur votre courtoisie, Monsieur le directeur, pour intégrer ma rectification [...].

M. Salomon[62] »

 

Le dreyfusisme de Mathilde Salomon

 

La détermination avec laquelle, dans sa lettre à Arthur Meyer, Mathilde Salomon choisit d’invoquer l’indépendance du Collège Sévigné indique le rôle que prit, avec elle, la rue Condé dans l’animation spirituelle du dreyfusisme. Frédéric Rauh fut l’un des plus actifs dans la révolution intellectuelle à laquelle conduisit l’engagement pour de nombreux dreyfusards. Maître de conférences à l’université de Toulouse, il avait été confronté là-bas à la violence nationaliste et antisémite[63]. Il avait reçu le soutien public de nombreux intellectuels dreyfusards[64]. De l’Affaire devait naître en 1903 son livre le plus ambitieux, L’expérience morale. Mathilde Salomon choisit Frédéric Rauh pour réaliser l’orientation morale qu’elle souhaitait donner, ou plutôt renforcer au Collège Sévigné, à savoir amener « dans l’éducation féminine et la préparation des jeunes professeurs, la conscience des problèmes et des nécessités de l’heure présente[65] ».

 

La mort soudaine de Frédéric Rauh en février 1909 affecta particulièrement Mathilde Salomon. Elle tint cependant à le remplacer par un philosophe de son tempérament, Émile Chartier, lui aussi dreyfusard et engagé dans le dreyfusisme. D’autres dreyfusards historiques rejoignirent le corps des professeurs de Sévigné, dont le philosophe et théologien protestant Raoul Allier, le chartiste et professeur à l’École des chartes Arthur Giry, le directeur de l’Institut Pasteur et vice-président de la Ligue des droits de l’homme Emile Duclaux. Le socialiste et historien Albert Thomas fit également son entrée à Sévigné. Dans le livre du centenaire, la fille de Paul Dupuy raconta comment Mathilde Salomon souhaitait, avec l’affaire Dreyfus, transformer le programme d’histoire contemporaine : « Que fit Mathilde Salomon ? Elle nous donna comme professeur d’histoire un jeune normalien, agrégé, qui commençait une brillante carrière politique[66] ». Ainsi Mathilde Salomon ne craignait-elle pas de s’intéresser au socialisme et de faire confiance aux intellectuels qui, comme Albert Thomas, autour de Jaurès, s’y intéressait de très près. N’était-elle pas non plus la tante de Charles Salomon[67] qui avait été le cothurne de Jaurès à l’École normale supérieure.

 

Mathilde Salomon ne rapprocha pas seulement le Collège Sévigné de l’esprit de réforme, de justice et de vérité qu’elle avait reconnu dans le dreyfusisme intellectuelle. Elle participa personnellement au mouvement des Universités populaires et à de nombreuses œuvres de solidarité et de prévoyance comme les Maisons familiales de repos, l’Abri, les Visiteurs, le Sauvetage de l’enfance, la Préservation de la tuberculose, etc.[68]. « Elle a été avant tout une femme d’action[69] », confia Paul Dupuy à ses obsèques, au sujet de son œuvre à la tête du Collège Sévigné. On peut vérifier cette assertion par son engagement dans l’affaire Dreyfus qui ne se séparait pas de son action éducative la plus haute. Commentant sa décision de traduire et publier l’œuvre d’Israël Zangwill[70], Marthe Lévêque souligna comment Mathilde Salomon s’était « accordé une joie intellectuelle, mais plus encore peut-être a-t-elle cru faire œuvre utile, œuvre de combat[71] ».

 

La passion de la vérité

 

La plus grande conséquence de l’affaire Dreyfus fut incontestablement, pour elle, la confirmation des choix de sa vie en faveur de l’éducation libre, faite d’esprit critique, de liberté de jugement et de philosophie morale, qui structura toute son œuvre scolaire dans la République. La « lettre d’une institutrice » qu’elle publia, en plein cœur de l’affaire Dreyfus, le 21 juin 1898 dans l’Aurore, traçait un avenir au « peuple de France » : « Lui apprendre à comprendre, lui apprendre la sincérité intellectuelle, lui apprendre, entre autres choses, à lire, à bien lire, à ne pas se payer de mots, à penser en lisant, à remonter aux sources autant que possible, à contrôler les informations les unes par les autres : en un mot, lui donner la passion de la vérité, de toutes les vérités, voilà ce à quoi il faut tendre. »[72]

 

Cette « passion de la vérité » résonna dans le portrait qu’Alain traça de Mathilde Salomon aux jours de ses funérailles, le 17 septembre 1909 à Paris. Elle composait ces « traits dominants » que le philosophe voulut conserver de son passage sur terre. « Je trace à la hâte un trait encore. Semblable en cela à son ami le philosophe Rauh, dont le souvenir réconfortant est présent ici parmi nous, elle n’admettait aucune limite, aucun obstacle à la liberté de pensée. « Le vrai avant tout, disait-elle, et regardons-le bien en face. » J’expliquerai par là cette liberté de jugement, qui fut sa parure la plus rare. Plus attachée à bien juger qu’à sauver à tout prix ses idées de la veille, on eût dit qu’elle avait la puissance de renvoyer tous ses souvenirs à leur place, pour ne lire que dans le présent et dans l’avenir prochain. C’est par là qu’elle fut jeune jusqu’à son dernier jour, et si près des enfants. [...] J’ose dire que Mathilde Salomon a retrouvé, par d’autres chemins et à sa manière, le secret du grand Spinoza. Et cet Esprit vivifiant durera, malgré la mort, pendant des siècles de siècles, si seulement nous pensons à notre Grande Amie comme il faut, et comme elle veut. »[73]

 

« Elle aimait la justice »

 

Le 5 avril 1930 eut lieu en Sorbonne, dans le grand amphithéâtre, la célébration du cinquantenaire du Collège Sévigné. Miss M. Scott souhaita rappeler les valeurs éthiques et civiques qui avaient guidé l’action de Mathilde Salomon à son arrivée à la tête de l’institution.

« Elle avait 46 ans. Dès l’âge de 18 ans, elle avait quitté le cher toit familial de Phalsbourg pour mener à Paris une vie de luttes journellement renouvelées, luttes qu’elle était résolue à soutenir pour gagner son pain, pour aider les siens et – récompense austère et délicate – pour satisfaire sa soif de savoir, de comprendre.

Restée Lorraine dans l’âme, elle portait vivant en elle le douloureux souvenir de 70, de ses parents ruinés, de Phalsbourg assiégé, de la France humiliée. Juive, elle l’était dignement, noblement, fièrement. Quelle tragédie, plus tard, devait être pour elle l’affaire Dreyfus ! [...] Dirai-je que d’appartenir ai grand peuple d’Israël dont c’est la malédiction – et la gloire – d’être disséminé sur la surface du globe et de s’être mêlé à toutes les nations de la terre, corrigeait peut-être ce que son patriotisme si ardemment français aurait pu avoir de trop exclusif ?

Plus encore que sa patrie lorraine et française, plus encore que sa famille juive, proche ou lointaine, elle aimait la justice. Et, voulant la justice, elle eut, dès son arrivée au Collège, une influence extraordinaire parce qu’en fin de compte, il n’est rien que petits et grands prisent chez un chef autant que la justice.

Voulant la justice, elle voulait aussi la liberté, liberté de pensée, et, dans la mesure du possible ! – liberté d’action. Le mot tolérance était un mot qu’elle n’aimait pas. Il lui semblait mesquin et la blessait. Volontiers elle l’eût remplacé par un mot plus généreux qui fit entendre compréhension. Comprendre toujours plus, et faire mieux comprendre était ce qu’elle cherchait.

Quand je tente de l’effort que Prospero demande à Miranda et que j’essaye de voir clair dans ce que Shakespeare appelle « l’obscur abîme du passé », j’y retrouve la figure de mademoiselle Salomon, menue et frêle à faire pitié, et, malgré cela, et peut-être à cause de cela, d’une grandeur admirable. » [74]

Se dégage de cette évocation l’éloquent portrait d’une femme politique que l’affaire Dreyfus révéla encore davantage à son propre pouvoir, celui de vouloir la justice pour celles et ceux qui n’en bénéficiaient pas. Par le choix d’accorder à Mathilde Salomon toute sa dimension publique et privée, Miss Scott témoigna à sa manière de l’enseignement qu’elle avait reçu au Collège Sévigné et de celui qu’elle dispensa à son tour. Elle rompt avec les dogmes qui voulaient que l’éloquence était une affaire d’homme. Son discours se tient à distance des formes imposées aux femmes. Il est l’égal des discours masculins de son temps.

 

L’éducation par les « femmes illustres »

 

L’hommage de Miss Scott à Mathilde Salomon appelle encore d’autres commentaires. Il souligne la forme de laïcité défendue par Mathilde Salomon, par l’éducation à la liberté et la fidélité aux patries proches et lointaines. Il parle aussi d’une reconnaissance de la place des femmes dans la société républicaine de l’époque et du rôle que certaines d’entre elles choisirent de conquérir. Parler ainsi, pour Mathilde Salomon, de volonté de justice et de recherche de liberté est rendre hommage à une dimension politique de la femme publique. Et c’est restituer alors sa part féministe. Au cœur de ses convictions, l’attention au rôle des femmes et à leurs réussites comptait beaucoup pour elle. Elle écrivit une vie de la peintre française, saint-simonienne et féministe Rosa Bonheur, première femme artiste décorée de la Légion d’honneur en 1865[75]. Mathilde Salomon signa aussi une vie de Coralie Cahen née Lévy (1832-1899), juive de Lorraine, jeune veuve en 1870, entièrement mobilisée durant la guerre franco-prussienne pour venir en aide aux blessés et disparus des deux camps, décorée à ce titre de la Légion d’honneur à titre militaire en 1883, fondatrice en 1866 du Refuge pour l'enfance israélite, un foyer qui accueille aussi des prostituées et de leurs enfants[76]. Comme la vie de Rosa Bonheur, cette étude demeurée inédite était destinée « à faire connaître aux jeunes filles les « femmes illustres » et dignes de l’être[77] ».

 

Son engagement dans l’affaire Dreyfus, ses combats au sein de la Ligue des droits de l’homme[78], sa nomination dans l’ordre de la Légion d’honneur se voulaient ainsi une contribution à la reconnaissance de la part des femmes dans l’évolution politique et morale de la France, un encouragement aussi à l’action adressé à ses contemporaines et aux plus jeunes générations qu’elle veillait chaque jour dans ce lieu unique que fut, avec Mathilde Salomon, le Collège Sévigné.

 

 

 

 


[1] Cité par Marthe Levêque, Mathilde Salomon, directrice du Collège Sévigné. Membre du Conseil supérieur de l’Instruction publique. Chevalier de la Légion d’Honneur, 1837-1909, Saint-Germain-lès-Corbeil, Imprimerie F. Leroy, 1911, p. 41.

[2] J’adresse mes remerciements à Jacques Prévotat qui a conçu la journée d’étude du 28 novembre 2009 au cours de laquelle a été présentée cette étude. Je suis redevable également à l’administration du Collège Sévigné pour avoir généreusement mis à disposition les archives et la documentation de l’institution. 

[3] Michelle Perrot, Les femmes ou les silences de l’histoire, Paris, Flammarion (rééd. coll. « Champs », 2001).

[4] Marthe Levêque, Mathilde Salomon, directrice du Collège Sévigné. Membre du Conseil supérieur de l’Instruction publique. Chevalier de la Légion d’Honneur, 1837-1909, Saint-Germain-lès-Corbeil, Imprimerie F. Leroy, 1911.

[5] « Allocution de Miss M. Scott », in Cinquantenaire du Collège Sévigné, Cinquantenaire du Collège Sévigné, célébré dans le Grand amphithéâtre de la Sorbonne, le 5 avril 1930, Paris, imprimerie E. Baudelot et Cie, sd, p. 9-18).

[6] Michelle Perrot, Femmes publiques, Paris, Textuel, coll. « Histoire », 1997.

[7] « Educatrice libre », tel est le sous-titre donné à son évocation de Mathilde Salomon par Marthe Levêque (op. cit., p. 1).

[8] Albert Thomas, « Mathilde Salomon », L’Humanité, 17 septembre 1909.

[9] Voir infra.

[10] Sur Dick May, voir Vincent Goulet, « Dick May et la première école de journalisme en France. Entre réforme sociale et professionnalisation », Questions de communication, 2009, n°16, pp. 27-44 ; Christophe Prochasson, « Sur l’environnement intellectuel de Georges Sorel : l’École des hautes études sociales (1899-1911) », Mil neuf cent. Revue d’histoire intellectuelle (Cahiers Georges Sorel), vol. 3, 1, 1985, pp. 16-38, et « Dick May et le social » in Colette Chambelland (dir.), Le Musée social en son temps, Paris, Presses de l’École normale supérieure, 1998, pp. 43-58.

[11] « Petite, avec les membres longs d’un être arrêté dans son croissance, elle portait sur un corps chétif un visage pâle, où transparaissait son énergie intime. » (ibid., p. 5).

[12] Ibid, p. 5 (et pour les citations suivantes).

[13] Catherine Nicault, « Mathilde Salomon, pédagogue et pionnière de l’éducation féminine (Phalsbourg, 14 décembre 1837-Paris, 15 septembre 1909) », Archives juives, 2004, n°37/1, pp. 129-134.

[14] Marthe Lévêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 6.

[15] « Mais une dernière douleur était réservée à sa vieillesse, et ce fut la mort soudaine de Frédéric Rauh » (ibid., p. 34).

[16] Ibid. p. 9.

[17]. Elle succéda à la première directrice, Mlle Marchef.

[18]. Marthe Levêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 7.

[19]. « Les Michel Bréal, les Frédéric Passy, les Elie Rabier, les Ferdinand Buisson, en créant le Collège Sévigné, secondèrent l’initiative de Jules Ferry et du Parlement » (« Allocution de Monsieur le Recteur Charléty », in Cinquantenaire du Collège Sévigné, op. cit., p. 3).

[20]. Les membres les plus actifs du comité, comme Frédéric Passy et Michel Bréal, donnèrent fréquemment des conférences, dont se souvint par exemple Miss M. Scott dans son allocution du cinquantenaire (« L’un nous parlait d’arbitrage ; l’autre de grammaire…. Je buvais leurs paroles », in ibid., p. 9)

[21]. Mathilde Salomon fut choisie, le Comité écartant l’une des premières femmes agrégées (Marthe Levêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 8).

[22]. « Rien de plus souple, de plus vivant au contraire que les méthodes et les programmes, dans une maison privée peu nombreuse, et qu’anime un seul esprit ; rien de plus fécond que l’œuvre libre et unique. Dire celle de Mademoiselle Salomon, et ce que fut entre ses mains le Collège Sévigné, c’est à peu de chose près résumer l’histoire de l’éducation secondaire féminine depuis trente ans » (ibid., p. 13)

[23]. Cité ibid., p. 9.

[24]. Ibid., p. 10.

[25]. Souligné par Marthe Lévêque (ibid., p. 18).

[26] Ibid.

[27] Ibid., p. 14.

[28] Ibid., p. 16.

[29] Ibid.

[30] Société pour la propagation des langues étrangères en France. De la Part des femmes dans la propagation des langues vivantes, conférence par Mlle Mathilde Salomon, Paris : à l'hôtel des Sociétés savantes, 1894.

[31] Editions du Cerf. Auparavant, en 1884, elle avait publié chez le même éditeur les Premières Leçons d'histoire de France.

[32] « On peut chercher du moins à éveiller la pensée, à faire réfléchir l’enfant sur sa vie de chaque jour, telle qu’il la voit, la sent, l’aider à en découvrir le sens en lui apprenant à regarder en lui-même et autour de lui, montrer à la jeune fille qu’elle est destinée plus spécialement à soulager les peines, à répandre autour d’elle la douceur et la paix. Ni la science, ni les théories philosophiques ne sont nécessaires à cet enseignement ; il y faut de l’expérience, l’habitude de l’observation, la connaissance approfondie des enfants qu’on acquiert quand on les aime. Car cet amour-là n’aveugle pas ; il ajoute au contraire à la clairvoyance ; nous ne connaissons bien que ceux qui se sentent aimés de nous, parce qu’eux seuls se montrent à nous tels qu’ils sont. A ces conditions, la leçon de morale pourra devenir une causerie où l’enfant aura sa part, prendre un caractère familier, intime, affectueux, qui la distingue de toute autre leçon et dont le charme se reflètera peut-être sur les préceptes eux-mêmes. Prises dans la vie plutôt que dans les livres, la leçon aura chance d’être plus vivante, de pénétrer plus avant. Le bien et le bonheur, tout au moins la paix de l’âme, vont plus souvent de compagnie qu’il ne semble à première vue. Si l’on arrivait à imprimer cette vérité dans le cœur de la jeunesse, on aurait bien employé sa vie. » (Lectures.., ibid. p. VII-VIII).

[33] « Nous tâcherons d’armer la sagesse » (Raymond Aron, « La philosophie de Léon Brunschvicg », Revue de métaphysique et de morale, t. LV, n° 1-2, 1945, p. 140).

[34] « Madame Charles Salomon fut la première, avec une chère compagne roumaine, à obtenir le baccalauréat moderne. A partir de 1905, et certainement sous l’influence de Mademoiselle Sance, qui apportait de Bordeaux une forte culture classique et philosophique, le Collège prépara au baccalauréat latin-langues » (« Allocution de Miss M. Scott », dans Cinquantenaire du Collège Sévigné, op. cit., p. 14).

[35] « Une direction générale, donnée d’ailleurs par des esprits éminents, des méthodes de travail ; quelques exemples lumineux ; une discipline et un entraînement intellectuels, c’était tout ce que pouvaient fournir les cours du soir ; et cela suffisait, et que l’on s’en contentait. Il y fallait une certaine vaillance. Beaucoup arrivaient lasses d’une journée de labeur, quittant des élèves pour devenir élèves à leur tour, ou revenaient chargées de livres et de notes de quelques bibliothèques du quartier ; elles fournissaient deux heures d’attention et d’effort, et elles avaient, pour travailler seules, le soir ou le dimanche : vie rude, discipline où se trempaient les âmes fortes, où s’usaient les faibles. » (Marthe Lévêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 22).

[36] « Allocution de Miss M. Scott », in Cinquantenaire du Collège Sévigné, op. cit., p. 13.

[37] « Elle représentait, au sein du Conseil, des idées et formules nouvelles, nées ou à naître en sa propre maison ; sa longue expérience de l’enseignement, sa connaissance du monde et de la vie, des enfants, des parents, des maîtres, donnaient à ses jugements beaucoup de prix, à ses vues beaucoup d’autorité. ((Marthe Lévêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 23).

[38] Cette subvention fut complétée en 1897 par celle du Conseil municipal de Paris (cf. « Allocution de Miss M. Scott », in Cinquantenaire du Collège Sévigné, op. cit., p. 13).

[39] Marthe Lévêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 36.

[40] Frédéric Rauh succombe, le 19 février 1909, d’une complication du diabète (cf. Stéphan Soulié, « Expérience morale, démocratie et socialisme : l’itinéraire d’une conscience philosophique au tournant du siècle. Introduction à L’Expérience morale de Frédéric Rauh », in Frédéric Rauh, L’Expérience morale, Editions Le Bord de l’eau, 2011, p. 7).

[41] Sd, Archives du Collège Sévigné. Il existe un second testament qui précise ses premières volontés.

[42] « Allocution de Miss M. Scott », in Cinquantenaire du Collège Sévigné, op. cit., p. 13. Professeur au Collège Sévigné, agrégée des lettres, Thérèse Sance accéda à sa direction par son élection à l’unanimité tandis que la nièce de Mathilde Salomon, Madame Charles Salomon née Marie Wormse, fut nommée sous-directrice.

[43] Voir plus haut (Dick May).

[44] Cf. Jean-Louis Fabiani, Les philosophes de la République, Paris, Les Editions de Minuit, coll. « Le sens commun », 1988.

[45] Cf. Marie-Claude Blais, Aux principes de la République. Le cas Renouvier, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des idées », 2000.

[46] Cf. Vincent Peillon, Une religion pour la République : la foi laïque de Ferdinand Buisson, Le Seuil, coll. « Le Librairie du XXIe siècle », 2010.

[47] Cité in Marthe Levêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 31.

[48] Ibid., p. 32.

[49] Charles Péguy, « Zangwill », préface au troisième Cahier de la sixième série : Israël Zangwill. – Chad Gadya ! [25 octobre 1904], rééd. Paris, Gallimard, éditions de la Pléiade, 1987, p. 1451. Il écrivit en tête de sa présentation : « Le cahier qu’on va lire nous a été apporté tel que par le traducteur, Mlle Mathilde Salomon, directrice du collège Sévigné, 10, rue de Condé, Paris sixième ; le nom du traducteur et sa qualité recommandaient amplement le cahier ; le nom de l’auteur n’est point connu encore du public français ; il m’était totalement inconnu. » (ibid., p. 1396).

[50] Patrick Cabanel, Juifs et protestants en France. Les affinités électives, Paris, Fayard, coll. « Les dieux dans la cité », 2004.

[51] Marthe Levêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 33.

[52] Henriette Bréal a fait don de sa bibliothèque au Collège Sévigné ; il y est fait mention dans le testament de Mathilde Salomon (archives du Collège Sévigné).

[53] Marthe Levêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 30.

[54] Jacqueline Lalouette, « Henry Michel, Philosophe-historien », Corpus. Revue de philosophie, 2005, n°48, pp. 39-60 (voir aussi, dans le même dossier, Serge Audier, « Une conception de l’État « socialiste libérale » ? Henry Michel et les mutations de l’idée républicaine de l’État », p. 85-145, et Patrick Cabanel, « Henry Michel face à Renouvier et Quinet : questions sur la généalogie de la République laïque », p. 19-38).

[55] « J’invoque d’abord comme titre celui d’avoir été (oh ! combien il y a longtemps et combien cela fut court !) professeur dans cette maison. C’était, je crois, vers 1889 ; j’eus l’honneur d’y donner une douzaine de conférences sur la morale. Personne ne s’en souvient aujourd’hui, mais moi j’ai toujours gardé de mon rapide passage dans cette maison un bienfaisant souvenir, et c’est une dette de cœur que j’acquitte aujourd’hui en le rappelant ». (« Allocution de M. Rabier », in Collège Sévigné, Allocutions prononcées au 25e anniversaire, avant-propos de M. Michel Bréal, Bordeaux, Imprimerie de L’Avenir de la mutualité, 1905, p. 20-21). D’origine protestante, Elie Rabier fut nommé Directeur de l’enseignement en 1889 (voir Yves Verneuil, « Un protestant à la tête de l’enseignement secondaire : Élie Rabier », Histoire de l’éducation, 2e trimestre 2006, n°110, p. 111-139).

[56] Marthe Lévêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 33, note 1.

[57] Sur l’engagement des savants dans l’affaire Dreyfus, voir notre thèse (partiellement publiée : L’affaire Dreyfus. Quand la justice éclaire la République, Toulouse, éditions Privat, 2010).

[58] Nous nous permettons de renvoyer sur ce point à notre contribution : « L’heure de vérité de l’affaire Dreyfus », dans Jean-Pierre Rioux (dir.), Deux cents ans d’Inspection générale 1802-2002, Paris, Fayard, 2002, pp. 75-123.

[59] Collège Sévigné, Livre du centenaire, p. 50.

[60] Il faut entendre ici « peuple », non race au sens ethnique ou biologique du terme.

[61] Marthe Lévêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 28.

[62] Le Siècle, 9 juin 1898.

[63] Après ses déclarations publiques en faveur des dreyfusards, il est menacé pendant ses cours, et une campagne de presse est orchestrée contre lui. La Libre Parole (30 décembre 1898) et L’intransigeant (1er janvier 1899) racontent avec force détails les interruptions de son cours.

[64] En réaction à ces attaques et agressions, un texte de soutien au philosophe Frédéric Rauh est publié le 19 janvier 1899, dans la Petite République. La pétition est signée par deux cent personnes – dont de nombreux normaliens. « A la suite des manifestations auxquelles se livra contre lui la tourbe cléricale, nationaliste et antisémite de Toulouse, un grand nombre de disciples et d’amis de M. Rauh lui ont adressé la belle lettre qu’on va lire : “Tous nous savons que vous travaillez pour le peuple en même temps que pour la science, que votre constant idéal de fraternité et de tolérance monte plus haut chaque fois que les faits leur donnent un démenti. Aussi venons-nous réclamer l’honneur d’avoir été insultés en votre personne”. » (La Petite République, 19 janvier 1899).

[65]. Marthe Lévêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 29.

[66]. Collège Sévigné, Livre du centenaire, p. 50.

[67]. La femme de Charles Salomon, Marie Salomon, succéda à Mathilde Salomon, à la tête du Collège Sévigné, à sa mort en 1909.

[68]. Marthe Lévêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 28.

[69]. « Discours de M. Paul Dupuy », Discours prononcés à Paris le 17 septembre 1909 aux obsèques de Mathilde Salomon, Paris, Imprimerie Cerf, 1909,

[70]. Chad Gadya. Voir plus haut, p. xxx

[71]. Marthe Lévêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 36.

[72]. « L’affaire Dreyfus à l’école », L’Aurore, 21 juin 1898.

[73] Alain, « Discours de M.E. Chartier », Discours prononcés…., op. cit., pp. 15-16.

[74] « Allocution de Miss M. Scott », dans Cinquantenaire du Collège Sévigné, op. cit., pp. 10-11.

[75] Publiée dans la Revue pour les jeunes filles, Armand Colin.

[76] Voir la notice consacrée à Coralie Cahen dans le Dictionnaire des femmes juives (http://www.afmeg.info/squelettes/dicofemmesjuives/pages/notice/cahen.htm).

[77] Marthe Lévêque, Mathilde Salomon, op. cit., p. 36.

[78] Voir la contribution d’Emmanuel Naquet dans ce volume. 


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